Brexit : convaincre les entreprises de choisir la France 2018-10-01T20:25:15+00:00

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Les Echos – 07 septembre 2018 :

Avec le Brexit, plusieurs entreprises basées au Royaume-Uni songent à quitter Londres. La France doit envoyer un signal fort aux multinationales en partance pour les convaincre de s’y installer.

Alors que les négociations sur le Brexit se présentent longues et difficiles, Michel Barnier a annoncé que le Royaume-Uni quittera définitivement l’Union européenne le 29 mars 2019. Dans ce contexte, des annonces de délocalisations d’entreprises basées à Londres vers d’autres pays européens ont déjà été faites. C’est le cas de la banque HSBC, qui a indiqué déplacer 1.000 emplois de Londres à Paris. Ces derniers éléments vont impacter le marché de l’immobilier d’entreprise en Europe et notamment en France où le Brexit peut apparaître profitable pour attirer les investisseurs.

En parallèle de l’annonce de la banque HSBC qui a choisi de renforcer sa présence en France, d’autres établissements financiers étudient sérieusement l’opportunité d’établir certaines de leurs activités à Paris. C’est le cas de la puissante banque d’affaire américaine Goldman Sachs , dont le CEO, Lloyd Blankfein, a indiqué dans un tweet en novembre dernier avoir été conquis par « l’énergie positive » de la ville. La capitale française a d’ailleurs été préférée à Dublin pour accueillir l’Autorité bancaire européenne, qui a dû quitter Londres pour cause de Brexit.

En marge d’un déplacement à Londres visant à promouvoir les atouts de l’Ile-de-France outre-Manche, Valérie Pécresse a indiqué que 2.500 emplois sont déjà promis à la région dans le secteur financier suite au Brexit. Les entreprises qui souhaitent s’installer en France vont donc avoir besoin de locaux.

Un marché immobilier parisien attractif

Le marché de l’immobilier d’entreprise français est un marché dynamique malgré une croissance de l’économie relativement faible. Il est caractérisé par un volume important de transactions, qui atteignaient 31 milliards d’euros en 2016. Ce dernier est majoritairement porté par le marché des bureaux, qui représentait plus de 70 % des engagements la même année. Mais la part des investissements nationaux reste majoritaire, loin devant les investissements de nos voisins européens. Le contexte actuel de Brexit et d’incertitude vis-à-vis du marché britannique, dont l’activité s’est vue ralentir, pourrait donc contribuer à inverser cette tendance.

Le marché français constitue, en effet, de par sa taille, le principal marché européen avec ses 53,1 millions de mètres carrés utiles de bureaux, très bien adapté à des secteurs d’activité diversifiés. La métropole parisienne y concentre la majeure partie des investissements dans des quartiers comme la Défense, Saint-Denis et Issy-les-Moulineaux. La ville des Hauts-de-Seine abrite notamment le siège de BNP Paribas Real Estate. En outre, d’autres villes ont également de forts potentiels de croissance comme Toulouse, Lyon ou encore Bordeaux, qui est désormais à deux heures de Paris grâce à la nouvelle ligne de TGV.

Le projet du Grand Paris visant à désengorger la capitale et l’accueil des JO 2024 constituent aussi de belles opportunités pour renforcer l’attractivité de la région Ile-de-France. De tels projets et événements devraient ainsi contribuer à attirer de nouveaux capitaux, en offrant des investissements à plus forte rentabilité qu’outre-Manche. Le contexte actuel est d’ailleurs favorable, avec des taux d’intérêt exceptionnellement bas qui se sont maintenus avec le Brexit.

La tendance actuelle conforte l’attractivité du marché français et particulièrement du marché parisien, où le prix affiché des bureaux a progressé de 2,8 % en 2017, selon le site d’annonces immobilières pour les entreprises BureauxLocaux.

Forte concurrence européenne

Mais la concurrence avec d’autres capitales européennes telles que Francfort ou Dublin est forte. Le géant easyJet a annoncé que sa nouvelle compagnie aérienne easyJet Europe sera implantée à Vienne. Dans le secteur financier, la banque coréenne Woori et les banques d’investissement japonaises Nomura et Daiwa ont choisi de s’installer à Francfort.

Afin d’attirer les grands groupes internationaux, il convient de mettre en place les moyens nécessaires, notamment en termes de fiscalité, d’allègement des contraintes sociales et d’accompagnement des entreprises. Des efforts ont déjà été menés en ce sens par les pouvoirs publics et les instances de régulation. On citera en particulier la réforme du régime des impatriés , qui prévoit notamment une exonération d’impôt sur le revenu sous conditions pour les salariés et dirigeants non domiciliés fiscalement en France. Par ailleurs une simplification des procédures d’agrément a été annoncée par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Ces mesures vont dans le bon sens et devront se mettre en place rapidement de manière concrète afin d’envoyer un signal fort aux investisseurs, et de se donner les meilleures chances de tenir avantage du Brexit.

Par Audrey DELOUCHE, Consultante du Cabinet Vertuo Conseil

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