Comment l’assureur influence-t-il les habitudes de vie du consommateur ? 2018-09-24T18:12:24+00:00

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Dans ses déplacements, ses achats, son logement, sa santé… l’assureur pourtant peu visible est omniprésent dans toute la vie du consommateur. Face à un avenir imprévisible, l’assurance permet au consommateur de se projeter dans sa prise de risque, en surmontant des obstacles psychologiques et financiers.
Comment cet assureur qui intervenait en fin de cycle du consommateur avec les dédommagements lors de sinistres, arrive à interagir plus tôt, jusqu’à changer les habitudes et choix du consommateur ? En amont, comment arrive-t-il à anticiper ses modes de vie jusqu’à les influer ? L’assureur peut-il amener le consommateur à être éco responsable ?

Qu’est-ce que l’assurance pour le consommateur ?

Par définition un assureur doit garantir les risques. Le consommateur vit dans un environnement dommageable contre lequel il doit chercher à se protéger. En son absence, le risque est trop important : tout peut s’arrêter. Le consommateur peine à subsister, à prendre des décisions, à se projeter.

En France s’assurer est parfois une obligation. « Tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ». L’art.1382 du code civil, impose la responsabilité civile. Son obligation permet la cohésion sociale.
Voiture, loyer, prêt, … pour ces habitudes de vie, l’assurance n’est pas qu’une nécessité, elle demeure une obligation. En son absence, le financement devient nécessaire.

Pour la consommation, l’assurance est un vecteur de croissance économique. Il encourage l’investissement productif et confiant des personnes et des actifs dans l’économie, et facilite le crédit au secteur privé. Des recherches ont mis en évidence la corrélation entre le taux de pénétration de l’assurance et la croissance du PIB ; en analysant 77 économies avancées ou émergentes entre 1994 et 2005, Han et coll. (2010) constatent qu’une augmentation de 1% du taux de pénétration de l’assurance conduit à une augmentation de 4,8% de la croissance économique. En protégeant les personnes contre la perte de biens, des dommages ou des difficultés à rembourser un emprunt, elle contribue à réduire le risque de crédit.

Avec l’assurance chômage, et certaines assurances vie, la consommation du ménage confronté à une crise est lissée. Nous en avons fait l’expérience en France lors de la crise de 2007 où l’impact immédiat sur notre économie a été atténué par les garanties sociales ou « amortisseurs sociaux » de notre système économique et social. Elle joue une fonction de stabilisateur. Elle favorise le crédit et l’investissement sur le long terme. Elle permet l’innovation.

Une assurance qui intervient tout au long de la vie du consommateur à travers différents produits…

En réduisant les risques, mais aussi en prévenant un futur besoin, voire en le créant, l’assurance vit avec le consommateur. En se basant sur son  omportement d’achat et en prenant en compte sa situation familiale, son âge, ses revenus et son type de consommation ; l’assureur propose des  roduits de biens et de personnes de plus en plus simples et personnalisés, tels que les fonds adaptés pour une assurance vie ou les offres multi-équipements comme l’auto-moto ; des outils individualisés, une relation client dédiée, et un contact de plus en plus digitalisé, … En s’appuyant sur le Big Data et des modèles prédictifs, l’assureur suit et anticipe le comportement du client tels que l’appétence pour des produits et le risque  l’abandon, et y adapte des interférences : relances, offres marketing, produits d’appel… pour le fidéliser. La mutualisation des assurances, et l’investissement de plus en plus des primes d’assurance sur du court terme, celles d’assurance vie et produits de retraite sur du long terme, assurent un lissage des inégalités par la redistribution.

Les assureurs, vrais spécialistes du risque, se lancent dans la promotion et les actions menées en
faveur du développement durable

Cancer, tabac, réchauffement climatique… autant de phénomènes qui impactent notre société que l’assureur doit prendre en compte. L’impact de nos modes de vie sur l’environnement accroît la sensibilité des assureurs aux risques et engendre de nouveaux besoins de protection. Ils encouragent les comportements responsables par le biais de produits et services innovants et ce dans toutes les branches d’assurance. En 2013, plus de 80% des sociétés d’assurance proposaient une formule portant sur les risques inhérents au développement durable. 75 % une formule dont l’objectif est d’encourager les assurés à avoir une attitude éco-responsable. 78 % d’entre eux agissaient pour sensibiliser et prévenir face aux bouleversements climatiques. Certaines compagnies excellent dans ce domaine (DJSI world assurance 2017 : 1er Allianz, 2ème AXA).

Côté santé, des campagnes et actions sont menées par les assurances pour encourager les comportements responsables en matière de santé : Contrat Prévoyance cancer de Malakoff Médéric, l’application mobile CheckRisk d’Axa, l’application mobile « Ma santé » d’AG2R la mondiale, « Les Gestes du Coeur » de Malakoff Médéric.

En protégeant les innovations des chocs, et en préservant le patrimoine du consommateur, l’assureur est présent dans toute la vie du consommateur. Mais face à de nouvelles technologies comme les véhicules autonomes, les cyber-risques, … l’assurance ne connaitra-t-elle pas de nouvelles limites ? Face à une abondance des produits d’assurance, le consommateur rassuré ne deviendra-t-il pas plus imprudent ? Face à son abondance, la liberté du consommateur ne deviendra-t-elle pas limitée ?

Face à l’extension de produits d’assurance s’ouvre un débat intergénérationnel : les anciens parleront de restriction de la liberté ; quant aux plus jeunes verront une étendue d’activité « protégées ».

Par Emeline SEVAL, Consultante Senior chez Vertuo Conseil

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