Comment la DSP2 redéfinit la gestion de patrimoine ? 2019-01-20T19:14:09+00:00

Project Description

Avec sa mise en application le 18 janvier 2018, la DSP2 (Directive sur les Services de Paiement) ouvre un peu plus la voie à l’openbanking et à ses fintechs… Des noms de société circulent depuis quelques temps : Yomoni, Compte-Nickel, Alan… Ces acteurs se positionnent soit en concurrence directe des géants financiers existants, soit complètent leurs offres. Cette révolution de l’innovation, pousse les acteurs traditionnels, d’ordinaire assez rétifs, à se renouveler dans tous les domaines. A cela s’ajoute l’évolution de la règlementation. Avec la simplification de la fiscalité portée par le PFU (prélèvement forfaitaire unique) ainsi que la multiplication des offres de placements simples et innovantes portées par les fintechs, gérer son patrimoine devient plus accessible pour tout le monde. Mais quel sera l’avenir du métier de la gestion d’actif, tel qu’on le connait aujourd’hui ?

La gestion de patrimoine traditionnelle : une offre à plusieurs niveaux

La gestion de patrimoine la plus commune consiste à se diriger vers une banque privée qui, moyennant un pourcentage annuel, se fait fort de gérer nos deniers. Les banques construisent et proposent leurs produits maison et pratiquent une politique commerciale agressive. Ces objectifs de collecte sont définis par rapport à une notion de rentabilité et ne sont pas nécessairement liés à la cohérence du profil d’investissement des clients.

Une autre option consiste à se tourner vers un conseiller en gestion de patrimoine indépendant. Armé de son autonomie, il saura nous guider dans les méandres de l’optimisation fiscale tout en gérant de manière personnalisée nos finances parmi les nombreuses offres dédiées aux CGP. Sa rémunération est dorénavant règlementée via MIF2 et est construite sur les mêmes principes que celle des banques privées. L’argument principal du CGP est cette indépendance justement. Il convient toutefois de le mesurer puisque les sociétés de gestion, assureurs et autres fournisseurs financiers rivalisent d’originalité pour séduire les CGP grâce à une politique d’intéressement sur leurs ventes.

Enfin, la dernière option consiste à gérer par soi-même son patrimoine en naviguant parmi les comparateurs d’offres et autres agrégateurs. A moins de jongler habilement entre mots de passe et identifiants, il est compliqué de gérer efficacement son patrimoine tout en optimisant les coûts. De même, cela requiert un minimum de connaissances en matière de fiscalité ou, au minimum, une bonne dose de curiosité.

Ainsi, entre l’offre limitée de la banque et sa volonté d’imposer des produits à des fins commerciales et l’indépendance des CGP dont on pourrait douter, comment les innovations portées par les fintechs vont faire évoluer notre manière de gérer notre patrimoine ?

L’innovation bouscule les codes de la gestion d’actifs

Demain, gérer son patrimoine par soi-même sera amplement facilité. On peut dès maintenant imaginer une plateforme sécurisée rassemblant l’ensemble de nos fournisseurs de placements financiers, moyens de paiement et d’assurances. Et pourquoi ne pas aller plus loin en ajoutant un volet dédié à nos partenaires du quotidien ? Forfaits télécoms, énergie peuvent également s’interfacer pour simplifier la catégorisation des dépenses.

La directive DSP 2 permettra notamment d’initier des paiements d’un tiers à un autre à partir d’une plateforme d’agrégation. Dès lors, les plateformes d’agrégations vont se muer en véritables assistants personnels.

Et si l’on a la possibilité de régler nos créanciers, consulter et gérer l’ensemble de nos finances à partir d’un assistant personnel, alors pourquoi se connecter sur l’application de notre banque ?

Prenons un exemple, je constate que je vais bientôt atteindre le plafond de versement de mon livret A. Grâce à DSP 2, avec un seul identifiant et mot de passe et en quelques clics, je vais pouvoir stopper le virement mensuel de mon compte courant de ma banque en ligne vers mon livret A et mettre en place un versement programmé de ce même compte courant vers mon assurance vie.

Un seul accès informatique me suffira pour gérer tout mon patrimoine.

La fin d’un règne sans partage ?

Bien évidemment, il s’agit là d’anticipations sur nos prochains usages. Pour autant, est-ce que ces nouvelles habitudes sonneront le glas de la gestion de patrimoine telle qu’on la connait  aujourd’hui ? On peut déjà arguer que ce type de gestion ne saurait convenir aux grosses fortunes. Les conseils de gestion pour les patrimoines importants nécessitent un degré d’expertise proportionnel. Dans ce cas, un professionnel voire même une équipe de professionnels spécialisés dans différents domaines financiers et juridiques s’avèrent indispensables.

La faculté de gérer son propre patrimoine, en plus d’être chronophage, n’est pas à la portée de tous et s’adresse à un public averti. Cela requiert une éducation financière minimum, qui on le sait n’est pas courante dans toutes les professions.

Enfin, un dernier facteur peut limiter une telle évolution, il s’agit de l’acceptation du risque. Quoi de plus naturel que de blâmer son banquier pour un mauvais  placement ? Les conseils apportés via un algorithme sont plus faciles à justifier puisqu’édités sur la base d’un questionnaire dont la validité juridique aura été éprouvée. Dans ce contexte, la prise de décision d’effectuer ou non un placement replace l’individu au centre du processus, ce qui n’est pas forcément évident à intégrer.

Au vu de la proportion d’infidélité de la clientèle en matière de produits financiers, les challenges d’innovations sont nombreux. L’occasion pour les banques de jouer la complémentarité avec les fintechs et assurtech et même d’aller encore plus loin en créant des lab et autres concours d’idées révolutionnaires.

Par Pauline RABREAU, Consultante Senior du Cabinet Vertuo Conseil

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