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Interview d’Adrien AUBERT, Senior Manager du Cabinet Vertuo Conseil, réalisée par Jean-Luc MOREAU (RMC) le 1er septembre 2017 :

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Avec le scandale du soi-disant cartel automobile allemand, le grand public redécouvre le principe des ententes sectorielles qui ont marqué ces dernières années le monde des télécommunications ou de l’agro-alimentaire et de la grande distribution.

Un nouveau dossier sur les émissions polluantes des automobiles ne pouvait pas trouver un meilleur tempo médiatique que la période actuelle marquée par la menace de 6ème grande extinction animale, l’urgence climatique sur fond géopolitique pour le moins complexe ou les annonces de plusieurs gouvernements européens (Norvège, France et… Allemagne tiens tiens !) d’interdire la commercialisation de voitures à moteur thermique à l’horizon 2030-2040.

Face à la complexification des normes, plusieurs industriels allemands auraient convenu ensemble des procédés techniques à mettre en place pour respecter ces seuils réglementaires de la façon la plus efficace (comprendre la moins coûteuse à produire ou à acquérir auprès d’équipementiers spécialisés). En l’absence de documents consultables à ce stade de l’affaire, difficile d’évaluer précisément le niveau d’illégalité d’une telle démarche.

Reste à considérer qu’elle n’a absolument rien de nouveau : de telles conventions existent depuis longtemps dans le secteur automobile sur un large panel d’activités. Car cette forme de standardisation, qui est le socle des économies d’échelle tant recherchées par une industrie capitalistique en quête de rentabilité, ne nuit pas nécessairement au consommateur final. Au contraire, elle s’inscrit dans un pur cadre de recherche & développement qui doit apporter toujours plus de valeur ajoutée au produit final (parfois même au détriment de la différenciation des marques).

C’est vrai pour les dispositifs de cartographie routière, de navigation et de géolocalisation (au moins jusqu’à il y a quelques mois). C’est vrai dans l’exploitation de la fibre de carbone pour tenter de lutter contre l’obésité galopante de voitures toujours plus confortables, sécurisées & connectées. C’est vrai pour la conception et l’industrialisation de boîtes de vitesses toujours plus sophistiquées et efficaces sur le plan de la consommation de carburant. C’est vrai dans la fabrication de composants d’habitacles ou de fonctionnalités devenues standard (compresseur de climatisation). C’est vrai jusque dans l’outil industriel dont la flexibilité permet aujourd’hui de produire plusieurs voitures différentes à partir d’un même châssis. A partir de là, pourquoi pas des équipements de dépollution si les exigences réglementaires sont respectées ?

Il est intéressant de faire un parallèle avec d’autres industries. Par exemple comment se comportent nos banques françaises lors de la publication de nouvelles normes réglementaires ? Après l’action habituelle du lobby pour tenter d’aménager les textes de lois dans leur version la moins défavorable, démarre une phase d’interprétation des textes afin d’adapter les processus internes et les systèmes d’information en conformité avec les dispositions en vigueur. Peut-on imaginer une seule seconde que les fleurons de la finance européenne puissent engager des fortunes dans la conduite de projets complexes (amélioration des normes comptables, lutte contre la fraude fiscale, prévention des risques systémiques, etc.) sans un minimum de concertation entre les différents acteurs impactés ? Il en va de la cohérence même de la mise en œuvre d’une norme qui par définition cherche à établir une pratique a minima. Ainsi, le déploiement progressif de la voiture autonome sur nos routes constitue autant un défi technologique qu’un challenge réglementaire qu’un constructeur seul ne peut adresser : à nouveau c’est la place dans son entièreté qui se mobilise pour établir des conventions.

Avec un Dieselgate impliquant toujours davantage de constructeurs depuis maintenant près de 2 ans, la traque quasi-paranoïaque de manipulations de grande ampleur, grande obsession médiatique et large pourvoyeuse de clics lucratifs, doit plutôt nous amener à nous interroger sur le nomadisme d’une civilisation sédentaire qui n’a jamais été autant connectée par les réseaux numériques et donc à nous interroger sur la place que la société est prête à concéder à l’automobile. Une automobile qui aura toujours besoin d’énergie pour se mouvoir : qu’elle soit fossile, solaire, électro-hydraulique, hydrogène ou autre, elle ne fait au final que relever d’un arbitrage entre les coûts et les émissions, un arbitrage politique auquel les constructeurs eux-mêmes ne semblent pas souvent conviés. Jusqu’à ce qu’un cartel soit dévoilé ?

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Par Adrien AUBERT, Senior Manager du Cabinet Vertuo Conseil

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