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Q : Bonjour Alexandre. Nous t’avions déjà sollicité lors de notre dernière Newsletter pour que tu nous éclaires sur les problématiques actuelles concernant les modèles de gestion des risques. La norme IFRS 9 n’est pas sans impact sur ces modèles. Peux-tu nous en parler ?

Manifestement, l’évolution la plus significative concerne l’intégration de la notion de forward looking. Cette notion possède deux propriétés à la base des changements opérés au sein des modèles de probabilité de défaut notamment. Tout d’abord, la mesure doit refléter tout risque de détérioration future des créances au regard de leur probabilité de survenance, puis leur estimation doit tenir compte de l’ensemble des informations disponibles eu égard notamment aux conditions économiques actuelles et futures. Cette évolution est d’abord conceptuelle car, si les établissements ne sont pas à leur première tentative d’intégration d’une approche prospective du risque des instruments financiers dans leur modèle de gestion, la définition d’un cadre théorique en adé- quation avec le traitement comptable des provisions restait lacunaire. Cette évolution est également méthodologique car elle a conduit les établissements à adapter leurs modèles en s’appuyant, dans la plupart des cas, sur les infrastructures déployées dans le cadre des stress tests du risque de crédit en vue d’estimer notamment la probabilité de défaut forward looking pour le provisionnement IFRS 9. L’autre évolution majeure concerne évidemment le stagging, mais plus particulièrement la notion « significant increase in credit risk » autrement dit la détérioration significative du risque de crédit. La définition de cette notion a fait l’objet d’un battage prolifique tant elle était sujette à interprétation. Et si la compréhension de cette notion est globalement homogène, les règles de déclassement des créances qui en ont été déduites ne sont pas forcé- ment comparables entre deux périmètres équivalents d’établissements différents. En effet, si certains établissements ont capitalisé sur leur dispositif de gestion du risque de crédit à l’octroi, d’autres ont développé des modèles de probabilité de défaut à l’origine en vue d’évaluer la significativité de la dégradation du risque de crédit. De même, si pour certains la dégradation significative est évaluée à l’aide du différentiel entre la probabilité de défaut à l’origine et la probabilité de défaut en date d’évaluation par segment, d’autre ont intégré des critères plus opé- rationnels basés sur des évènements de gestion, comportement de compte ou le nombre de day-past-due (arriérés de paiement), décomposés par type d’exposition ou par segment de clientèle.

Q : Les provisions IFRS 9 se calculent à partir d’un modèle de pertes attendues s’appuyant sur des notions bien connues dans le cadre bâlois : EAD, PD, LGD. Concrètement, dans quelle mesure les modèles de PD, LGD… ont-ils été affectés par la norme ?

Au-delà des différences inhérentes existant entre la LGD IFRS 9 et le paramètre Bâlois, les modèles de LGD n’ont pas été impactés de manière significative par la norme. En effet, la LGD IFRS 9 concorde avec la LGD Bâloise une fois retraités l’effet downturn, les marges de conservatismes prudentielles à l’exception des marges de conservatismes pour incertitude, et les coûts, à l’exception des coûts d’acquisition de cession des sûretés financières. En revanche, pour les expositions sur prêts immobiliers, la structure par terme des LGD doit être estimée à travers la loan to value. De même, une approche prospective de la LGD doit être déduite à travers notamment l’évolution future des prix du résidentiel. Les modèles de probabilité de défaut ont subi quant à eux un plus profond changement. En effet, conformément à la norme IFRS 9, le calcul des provisions repose sur l’estimation de l’expected loss à maturité et ainsi, sur la probabilité de défaut forward looking à différent horizon. Même si les méthodologies divergent entre les différentes entités, les établissements ont majoritairement opté pour une approche basée soit sur la migration des ratings soit sur la structure par terme des probabilités de défaut. Les modèles sont impactés par des facteurs de positionnement dans le cycle économique et des paramètres de sensibilité macroéconomique estimés via des modèles économétriques.

Q : Effectivement les modèles évoluent, engendrant des divergences notables entre modèles bâlois et modèles IFRS 9. Et après ? Comment garantir l’intégrité et la pérennité de ces modèles ?

Les évolutions induites par la norme sur les modèles ont eu pour conséquence d’accroître le nombre d’indicateurs dont les charges de reporting et de surveillance pèseront probablement lourd sur les budgets des directions des risques. Comment intégrer au mieux la charge liée aux exercices de validation ex-post (backtesting) des modèles au processus existant ? Les mêmes méthodologies de backtesting que celles utilisées dans le cadre de la validation des paramètres règlementaires par exemple, peuvent-elles s’appliquer aux modèles IFRS 9 ? On peut effectivement imaginer qu’une partie importante des méthodes de validation présentement utilisées seront recyclées pour back-tester les modèles IFRS 9, mais de nombreux ajustement méthodologiques seront nécessaires afin d’en garantir la pérennité, ajustement qui pèseront d’autant plus lourd sur les budgets de fonctionnement que leur charge de développement est incertaine. Par ailleurs, des méthodes de validation propres aux paramètres IFRS 9 devront être insé- rées quoiqu’il advienne. En effet, les critères de transfert doivent répondre à certaines propriétés fondamentales (unicité, dimensionnement du stage II, volatilité du stage II, minimisation des migrations du stage I au stage III…) en vue d’assurer la qualité et la stabilité du stagging. Les évolutions induites par la norme sur les modèles ouvrent un nouveau champ de réflexion quant aux méthodologies de backtesting et une nouvelle piste d’inquiétude concernant la gouvernance des modèles de gestion des risques.

Par Alexandre ZAVAGNO, Consultant Senior du Cabinet Vertuo Conseil

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