Project Description

Le financement de la transition énergétique

Chaire Gouvernance & Régulation
Master Finance, parcours Banque et Finance

Table ronde du 15 mars 2018
Synthèse des échanges

La filière de l’énergie, fortement capitalistique, a toujours nécessité des financements massifs pour lesquels les banques ont joué un rôle central. Les annonces récentes de désengagement de ces dernières dans le financement des énergies fossiles ainsi que les changements opératoires liés à la transition énergétique amènent investisseurs et régulateurs à repenser leur modèle de financement de la croissance.

Éléments d’approche : où en sont réellement les banques françaises ?

Adrien Aubert | Associate Partner chez Vertuo Conseil, membre du groupe Square

Différentes approches permettent d’aborder la question de la place de la banque dans le financement de la transition énergétique.

Une approche lexicologique

« Financement » fait d’emblée écho aux banques. Celles-ci communiquent activement sur leurs décisions fortes comme l’arrêt du financement des centrales thermiques émettrices de gaz à effet de serre. Pour autant, cela n’empêche pas certains groupes de maintenir des positions peu vertueuses sur le plan écologique, comme le financement d’exploitations de gaz de schiste. Et dans les faits, la culture de la finance verte demeure encore anecdotique, comme en témoigne son absence dans les stratégies de gestion des risques ou les orientations business malgré l’intérêt grandissant du grand public. Car au-delà de la communication, les banques ont un rôle majeur à jouer en matière d’innovation financière, pour accompagner le financement des actifs verts. Toutefois, en dépit d’actions porteuses d’espoir, la France reste encore très loin du compte et les supports actuels ne permettent pas de financer le passage à une économie bas carbone. D’autant que la Banque mondiale évalue à 90 000 milliards de dollars l’investissement attendu d’ici 2030 pour atteindre l’objectif des deux degrés fixé par la COP21.

Une approche par les risques

Ne pas s’emparer de la problématique de la transition énergétique n’est pas exempt de risques, qu’il s’agisse du risque de réputation, du risque systémique ou encore du risque de solvabilité (tant pour les banques que pour les assurances, premiers financeurs de l’économie). Même si financer une économie bas carbone revient à financer l’inconnu, donc à prendre des risques. C’est un véritable pari, dont la réussite passe par la construction de nouvelles grilles d’analyse, mais aussi par un soutien solide à l’égard des secteurs fortement dépendants aux énergies fossiles.

Une approche comptable

La prise en compte de l’impact de la dégradation environnementale dans la juste valeur des actifs s’avère très difficile. Certes, la norme IAS 37 impose l’enregistrement de provisions pour la remise en état des infrastructures terrestres ou maritimes. Mais son périmètre d’application reste relativement marginal. Là encore, établir de véritables standards internationaux constitue un défi de taille.

Une approche réglementaire

La sous-estimation systématique du risque financier qu’entraîne le changement climatique incite à percevoir les évolutions réglementaires comme extrêmement contraignantes et punitives. Pour y remédier, l’ACPR avait proposé aux banques des stress-tests incluant une transformation climatique majeure et accélérée leur faisant courir un risque financier très significatif. Malheureusement, cette belle occasion n’a pas été saisie dans la nouvelle campagne 2018 lancée par l’Autorité Bancaire Européenne, signe qu’il reste donc beaucoup de lobbying à mener pour inciter à une harmonisation des positions française et européenne. En outre, alors que les banques sont challengées sur leur niveau de capital et de liquidités, des dispositifs incitatifs pourraient être mis en place afin d’attirer l’attention des investisseurs sur des actifs qui répondraient à une taxonomie verte. Reste toutefois à définir précisément cette notion, ce qui constitue une des principales recommandations du rapport Lemmet / Ducret pour le gouvernement afin de verdir la finance française et européenne.

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