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Une décennie après leur création, les cryptomonnaies reviennent régulièrement faire la Une de la presse spécialisée, souvent pour annoncer une fluctuation démesurée. Le bitcoin avoisinait les 20.000$ en décembre 2017 et il est désormais à peine supérieur à 6.000$ (soit une chute de près de 70%), tout comme l’Ethereum ou le Ripple avec respectivement -79% et -87% depuis janvier 2018).
Intéressons-nous aux raisons qui nous amènent à penser qu’il s’agit de la fin des cryptomonnaies telles que nous les connaissons et surtout, que ce scénario était inévitable.

Un colosse au pied d’argile

L’absence de valeur intrinsèque

A la différence des monnaies « classiques », il n’y a à ce jour aucune réserve fédérale pour gérer les nouvelles monnaies numériques. En d’autres termes, la valeur d’une cryptomonnaie n’est définie que par la loi de l’offre et de la demande. Certaines personnes estiment que si les cryptomonnaies n’ont pas de valeur intrinsèque c’est parce que, d’une manière générale, elles ne sont rattachées à aucune matière première physique ou autre institution qui leur donnerait une valeur. Cette absence de valeur intrinsèque combinée à une indépendance institutionnelle amène des économistes tels que Jean Tirole (Nobel d’économie 2014) à considérer ces cryptomonnaies comme « une pure bulle ».

Une volatilité extrême

Puisque la valeur des cryptomonnaies est déterminée uniquement par l’offre et la demande, alors le prix est toujours sujet à des fluctuations. Elles sont particulièrement fortes en fonction de l’actualité qui est accessible au grand public. Par exemple, les rumeurs d’interdiction des cryptomonnaies en Corée du Sud (pays avec le plus grand nombre d’investisseurs dans ce domaine par habitants) et en Inde avait fait baisser considérablement le cours des cryptomonnaies. Il ne s’agit pas nécessairement d’événements majeurs. Le cours quotidien normal est sujet à des fluctuations pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros. Cette volatilité imprévisible entraîne des risques manifestes pour les investisseurs. Il est donc très improbable que des cryptomonnaies, telles que le Bitcoin, puissent agir en tant que réserve de valeur. Même pour les transactions, une telle volatilité peut représenter de sérieux inconvénients. Cela réduit la probabilité que ces monnaies numériques puissent un jour jouer le rôle d’unité monétaire à grande échelle.

Un outil purement spéculatif

Cette volatilité extrême ne correspond pas à des critères d’épargnes. Actuellement, le principal problème avec les cryptomonnaies est que leur engouement repose essentiellement sur les perspectives de gains spéculatifs. Elles ne sont finalement pas utilisées à des fins transactionnelles, comme le soulignait la banque UBS : “Le volume d’échanges élevé de la cryptomonnaie, par rapport à son utilisation réelle, suggère que de nombreux acheteurs ne recherchent qu’un gain spéculatif, sans jamais l’utiliser comme moyen de transaction dans le monde réel”.
Une perte de confiance dans le système
Depuis plus d’une dizaine d’années d’existence, les cryptomonnaies sont sujettes à des piratages récurrents. Les neuf plus grandes attaques totalisent un vol de 1 400 Mds $. Ces attaques ne cesseront pas et renforcent la crainte des utilisateurs.
En témoigne le piratage de CoinCheck en Janvier 2018 où près de 530 millions de dollars de cryptomonnaies NEM (dixième cryptomonnaie en matière capitalisation à l’époque) ont été piratés et 260.000 investisseurs se sont retrouvés floués. Cette crainte a de nouveau été renforcée par le piratage de Coinrail en juin dernier. Le piratage de la plateforme sud-coréenne d’échanges d’environ 50 monnaies virtuelles a de nouveau créé la panique chez les investisseurs, faisant chuter le cours du bitcoin de 13% d’un coup, sous la barre des 7.000 dollars, tandis que les autres cryptomonnaies chutaient aussi, à l’instar de l’Ethereum (-11%) ou du Ripple (-14%).
Par ailleurs, la plupart des institutions et des nations font traîner leur prise de position vis-à-vis des cryptomonnaies. L’éventualité d’une opposition laisse planer le risque de réglementations défavorables à ces actifs. Bloomberg a d’ailleurs publié une carte et des tableaux qui montrent le niveau de pression des régulateurs sur les cryptomonnaies autour du monde.

Fin d’un effet de mode et éclatement de la bulle

L’histoire se répète

En dépit de son ampleur remarquable, le phénomène cryptomonnaies n’est pas inédit dans l’histoire de l’économie. Tout porte à croire que les erreurs de la bulle internet ou de la Tulipomanie se répètent.
Tout d’abord, de nombreuses analogies sont observables entre cryptomonnaies et bulle internet, à commencer par la croissance fulgurante de ces secteurs : entre les années 1995 et 2000, le Nasdaq avait grimpé de +700%.
La puissance de ce phénomène était telle que la simple utilisation de “buzzwords” pouvait être lourde de répercussion sur les actifs, telle que l’annonce de KodakCoin ou de Long Island Iced Tea devenant Long Blockchain. Parallèlement, il y a eu une ruée sur ce secteur, marquée par la création de nombreux acteurs, souvent douteux, profitant de l’effet de mode.

Une chute inévitable

La bulle internet et la Tulipomanie se sont soldées par un éclatement brutal, entraînant une crise rapide provoquant des impacts néfastes sur les entreprises, sur leurs salariés, sur les investisseurs et sur l’épargne. Sans surprises, les cryptomonnaies, notamment le Bitcoin, sont également passées par une phase d’éclatement début 2018 selon le schéma classique des principales phases d’une bulle spéculative. Elles n’ont en revanche pas connu de retour à la croissance mais suivent plutôt une légère baisse. Cette décroissance pourrait se poursuivre et être accélérée par une rechute provoquée par :
– Une faille de sécurité massive des plateformes ou de la technologie en elle-même ;
– Une nouvelle explosion de bulle spéculative ;
– Une prise de position ferme et anti cryptomonnaies des régulateurs ;
– L’obsolescence de la technologie et du business model face aux coûts trop élevés de production et de transaction ;
– Un désintérêt des usagers pour cet actif jugé trop risqué au regard de son rendement ;
– etc.

L’avenir de la technologie à l’origine du phénomène

Une disparition des cryptomonnaies pionnières ne signera pas la fin de tout actif financier lié à la blockchain mais donnera lieu à un écrémage du marché. En comparaison, Internet a largement survécu à la crise et démontre encore son potentiel de croissance et de disruption, grâce à de jeunes géants tels que les NATU (Netflix, AirBnB, Tesla et Uber).
A la lumière de l’évolution post-crise d’internet, l’avenir des actifs financiers basés sur la technologie blockchain est prometteur. En effet, cette technologie embryonnaire devient plus performante chaque jour et évolue vers de nouveaux usages. Par ailleurs, l’écosystème de la finance investit sur la blockchain et y voit un fort potentiel d’innovation.
Il y a peu de doutes sur la fin prochaine des cryptomonnaies alors qu’elles faisaient la Une ces derniers mois. Leur nature trop risquée et incontrôlable ainsi que leur utilité réduite pousseront les marchés à s’en détourner progressivement. En revanche, il y a fort à parier que la technologie survivra, et se propagera sur de nombreux pans de l’économie mais aussi de la société. L’expérience Bitcoin nous a permis de mieux appréhender la Blockchain, mais aussi de poser les fondations des crypto-nations avec Giracoin (la cryptomonnaie du gouvernement Suisse), et peut-être demain d’un crypto-euro ou d’un crypto-dollar.

Par Guilhem VENTURA, Consultant du cabinet Vertuo Conseil, membre du Groupe Square

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