Le paradoxe Petro dans la bulle spéculative des crypto monnaies 2018-09-16T19:47:03+00:00

Project Description

Alors que les crypto-monnaies, monnaies virtuelles construites sur la blockchain, suscitent aujourd’hui de nombreuses interrogations quant à leur viabilité à long terme, ce début d’année est marqué par l’apparition de Petro, la première cryptomonnaie souveraine.  

Englué dans une grave crise économique, sociale et politique, et alors que le Vénézuéla possède les réserves conventionnelles de pétrole les plus importantes au monde, ce pays est touché par une baisse sans précédent de ses revenus pétroliers et une inflation qui a atteint les 2400% en 2017 et qui devrait dépasser la barre des 2300% en 2018 selon le Fond Monétaire International !

Le Petro, solution à la crise ou illusion de façade ?

L’annonce de l’agence de notation S&P fin 2017 de déclarer le Venezuela en défaut partiel sur sa dette, l’accès restreint aux marchés financiers internationaux, les sanctions américaines rendant impossibles toute transaction en dollars sont autant d’arguments qui ont amené le gouvernement vénézuélien à innover en créant une monnaie virtuelle souveraine, le Petro, adossée sur les réserves pétrolières du pays, une première mondiale.

Le président vénézuélien a déclaré vouloir créer cette monnaie virtuelle afin d’accéder à de nouvelles formes de financement international et « procéder à ses transactions financières malgré le blocus financier des Etats-Unis».

Une idée intéressante car le cours du Petro étant indexé sur le prix du pétrole, et non lié à une problématique uniquement d’offre et de demande comme sur les autres monnaies virtuelles, sa volatilité devrait être maîtrisée. Pour autant et alors que la confiance reste le principal et indispensable atout d’une monnaie qu’elle soit crypto ou non, l’idée qu’en l’état actuel des choses, le Venezuela puisse attirer des investisseurs internationaux acceptant d’échanger leurs dollars ou €uros contre des Petro parait pour le moins insolite…

Parallèlement de nombreuses interrogations subsistent quant à la solidité et la viabilité des monnaies virtuelles. Un marché très fleurissant avec plus de 1500 cryptomonnaies comptabilisées sur le marché fin février. Certaines qui ne subsisteront que quelques semaines, d’autres qui s’implanteront durablement avec des valeurs fluctuant de quelques centimes à quelques milliers d’euros.

Bulle spéculative ou valeur d’avenir?

Car si les cryptomonnaies intéressent de plus en plus ce n’est pas tant sur sa technologie sous-jacente mais plutôt sur le fort potentiel de gain lié à la volatilité qui a pu être observé sur les marchés au cours de ces dernières années, et dans une moindre mesure par l’effet mode et curiosité suscités chez les petits épargnants. Les startups aux projets Blockchain se sont multipliées et grand nombre aujourd’hui sont les acheteurs qui participent à leur levée de fonds en cryptomonnaie (Initial Coin Offering), le plus souvent de manière spéculative. Sans pour autant comprendre la technologie sous-jacente des projets proposés.

La crainte est bien présente, les cryptomonnaies sont critiquées par les banques de la place et la notion de bulle spéculative est fortement évoquée et relayée. Alors que JPMorgan explique pourquoi les cryptomonnaies ne remplaceront jamais une monnaie fiduciaire, Société Génarale nous alerte sur ses risques d’utilisation alors qu’UBS, fin 2017, estime que la forte hausse des valorisations des cryptomonnaies ces derniers mois n’est qu’une bulle spéculative.

Quand l’histoire se répète…

Cette forte hausse nous ramène à la première crise spéculative la plus spectaculaire de l’histoire « La tulipomanie » en 1637 où le prix de la tulipe a atteint le salaire d’un artisan fois 15 avant de s’effondrer un an plus tard, amenant ses spéculateurs à la ruine. Sans oublier les bouleversements du XXème siècle marqués par la crise financière de 1929, le krash asiatique de 1997, la bulle internet de 2000 pour laisser la place 10 ans plus tard à la crise des surprimes qui bouleversera la planète. Un schéma qui semble se répéter avec les évolutions technologiques et qui crée aujourd’hui un sentiment d’incertitude et d’angoisse, à l’opposé de la confiance nécessaire à la viabilité d’une monnaie.

Certes la monnaie Petro diffère des autres cryptomonnaies de par son émission par un gouvernement et son indexation sur des ressources naturelles : mais comment mobiliser les ressources pétrolières enfouies dans les terres vénézuéliennes ?

Toujours est-il que moins de 24 heures après son lancement, Caracas dit avoir reçu des « intentions d’achat » de Petro pour 735 millions de dollars. Une fois de plus le secteur financier va devoir s’adapter à cette nouvelle technologie comme il l’a toujours fait. Et le proche avenir nous dira si cette solution a pu, toute chose étant égale par ailleurs, contribuer au redressement économique du Venezuela.

Par Stéphanie GEHIN, Projet Manager chez Vertuo Conseil

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