Le télétravail : une solution à la centralisation économique ? 2018-09-04T04:51:55+00:00

Project Description

Avec 30% du PIB sur seulement 2% du territoire, l’activité économique française est clairement concentrée en région parisienne. Comment en est-on arrivé là ? La réponse se trouve au niveau des économies d’échelle. Plutôt que d’avoir un siège social et de multiples délégations régionales, il était moins coûteux pour les entreprises de centraliser le maximum d’activités au niveau de leur siège social : suppression des doublons de poste, réduction de personnel, réduction des charges locatives…

Si la centralisation était synonyme d’économies par le passé, ce n’est plus forcément le cas aujourd’hui.

Une envolée des prix de l’immobilier

La concentration de la population est la première conséquence de cette centralisation économique. La demande de logements étant supérieure à l’offre, le marché de l’immobilier parisien a explosé en passant d’un prix aux alentours de 3000 € le m2 en l’an 2000 à Paris à plus de 8800 € le m2 en 2018 (Notaire de France et meilleursagents.com).

Si les particuliers sont directement touchés par cette flambée des prix de l’immobilier, ce ne sont pas les seuls. Les entreprises sont également fortement impactées si bien que certaines grandes banques de la place font désormais le choix de délocaliser leurs activités situées dans les quartiers chics de la capitale vers des zones où le prix de l’immobilier est moins élevé.

Un allongement considérable du temps de transport

La centralisation économique a impliqué un afflux migratoire en région parisienne que les entreprises ferroviaires n’avaient sans doute pas anticipé. Résultat ? Des transports en commun bondés aux heures de pointes, des incidents multiples sur les lignes (malaises de voyageurs)… Si la question de la sécurité peut se poser, nous assistons clairement à un allongement des temps de transport et surtout à un temps de transport supérieur à la moyenne nationale : 68 minutes, soit 18 minutes de plus que la moyenne française (Ministère du Travail – 2015). Et ceci, sans parler de la grève actuelle de la SNCF qui affecte considérablement les passagers des Transilien et RER.

Quelles conséquences pour les entreprises ? Une perte de productivité liée aux retards de leurs collaborateurs suite aux divers incidents rencontrés dans la journée, des collaborateurs irrités et épuisés avant même de commencer leur journée. Autrement dit, on est loin des conditions idéales et là encore, les chiffres le prouvent : 8 franciliens sur 10 se déclarent prêts à quitter l’Ile de France selon le sondage réalisé par Michael Page et Page Personnel.

A la recherche d’une nouvelle organisation du travail ?

Pour faire face aux conséquences négatives de la centralisation économique, les entreprises sont aujourd’hui conduites à rechercher des solutions :

  • Délocaliser le siège social en Province ? Cette option est difficilement envisageable car encore faut-il se délocaliser dans une ville attrayante pour le personnel. Cela induirait nécessairement une vague de démissions, de formation du nouveau personnel…
  • Développer le télétravail ? Cette option commence à être développée/testée par les entreprises. Le télétravail présente trois grands avantages :
    • Il permet aux collaborateurs de s’affranchir du stress parisien en limitant le recours au transport à quelques jours par semaine et ceci est d’autant plus intéressant dans un contexte de grèves SNCF qui affecte le réseau ferroviaire plusieurs jours par semaine.
    • Il permet également à ceux qui le souhaitent d’envisager de résider en province et de bénéficier d’un marché de l’immobilier plus attractif, permettant ainsi un rééquilibrage de l’offre de et de la demande sur le marché parisien.
    • Il permet aux entreprises de réduire leurs charges locatives via le développement du concept de flex office. Les personnes en télétravail n’étant pas dans les locaux de l’entreprise, il n’est pas nécessaire de leur attitrer un bureau. Chaque personne est donc libre de s’installer au bureau de son choix à son arrivée au travail.

Si cela nécessite une importante gestion logistique, cela permettrait dans le même temps de réduire les charges locatives puisque les locaux loués seraient de taille réduite.

En résumé, si la centralisation économique était initialement synonyme de réduction de coûts pour les entreprises, il en n’est plus de même aujourd’hui : montée des charges locatives, perte de productivité des collaborateurs… Face à ces problèmes, les entreprises sont à la recherche de solutions durables. Certaines ont alors commencé à développer le télétravail, alors que d’autres restent plus réticentes sur le sujet, leur plus grande crainte étant la productivité des salariés. Cette réticence sur la productivité risque bien d’être bouleversée grâce aux grèves SNCF actuelles (2 jours de grève tous les 5 jours pendant 3 mois). En effet, nous assistons actuellement à une montée des acceptations de télétravail à titre exceptionnel les jours de grève. En cas de retours positifs, les craintes en matière de productivité seront levées et les entreprises seront clairement incitées à démocratiser le télétravail.

Par Gaelle BISSON, Consultante Senior Vertuo Conseil

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