Project Description

Les Accords de Paris ont consacré le rôle de la finance en tant que moteur de la transition énergétique pour la lutte contre le réchauffement climatique. Depuis, de nombreux acteurs se sont mis en marche vers une nouvelle économie décarbonée. Par différents biais, à différentes vitesses, et pour différentes raisons. Nos 4 communautés d’experts livrent ici leur vision de la finance climat face à l’immense défi de la transition énergétique pour laquelle il reste tant à faire.

Le point de vue de la Communauté Transformation

Gouvernance & Stratégie vertes : la tentation du Green Washing

La transition énergétique, une réponse apportée par les institutions financières notamment au « One Planet Summit » face aux menaces de la crise écologique, met en exergue la tension qui existe entre les engagements courts termes et longs termes que prennent les banques et assurances dans le soutien des activités des entreprises.

Afin d’intégrer la dimension environnementale dans leur gouvernance, la plupart des grandes banques ont adopté la norme ISO 26000 à leur politique RSE, ou s’en sont inspirées. Cette norme non-certifiante donnant simplement des orientations n’est pas donc pas incitative. Ainsi, certaines banques pour aller plus loin ont adopté de manière volontaire les 10 principes Equateur qui cadrent spécifiquement le financement des projets par les institutions financières. A ce jour, seules 4 grandes banques Françaises les ont adopté (BNP Paribas, Crédit Agricole Corporate and Investment Bank, Natixis, Société Générale).

Dans les faits la situation est plus complexe et nuancée que les principes adoptés et engagements pris ci-dessus. Les nombreuses initiatives en faveur de la transition énergétiques dont les exemples les plus courants sont les éoliennes, les panneaux solaires, batteries électriques pour des usages multiples s’avèrent ne pas être si écologiques que cela dans une approche complète de supply chain, notamment à cause des métaux rares qui les composent. Ainsi rapidement ces initiatives ressemblent plus à du Green-Washing qu’au financement de vrais projets transformant la dépendance énergétique et réduisant l’impact environnemental.

Malgré cela, les efforts de réduction de consommation électrique internes conjugués à ceux de financement de projets innovants externes permettent la prise de conscience de chacun de la crise à laquelle nous faisons face. En effet les banques et assurances aussi ont un rôle à jouer dans la sensibilisation de la société.

Enfin face à l’augmentation du nombre de catastrophes climatiques, nous pouvons nous questionner sur l’évolution des risques couverts par les sociétés d’assurances qui sont pour la plupart également des banques. Ainsi il devient salutaire pour ces institutions de militer, conformément aux objectifs du Conseil de Stabilité Financière, pour un dispositif réglementaire facilitant les investissements en faveur de la transition énergétique.

Le point de vue de la Communauté Banque & Assurance

Le challenge de la taxonomie verte

90 000Md€ : le besoin de financement estimée par la Banque Mondiale d’ici 2050 pour atteindre l’objectif 2 degrés. 300Md€ : le montant d’investissement supplémentaires nécessaires à l’atteinte des objectifs de transition énergétique fixé par la France d’ici 2030. Des chiffres qui donnent le tournis d’autant plus que l’essentiel de ces investissements devra être apporté par un secteur privé (fonds, banque, assurance ou particuliers) encore frileux à investir dans cette finance verte peu normalisée mais vertueuse et aux rendements désormais avérés.

Fortement mis en avant par les investisseurs institutionnels et malgré les initiatives de certaines banques européennes de restreindre ou cesser leurs financements aux secteurs les plus polluants, la baisse des nouveaux financements verts en 2016 et le manque d’intérêt des épargnants envers ces produits sont symptomatiques d’une inadéquation de l’offre aux attentes des investisseurs. Or si tous s’accordent sur le bien-fondé et le caractère porteur de ces nouveaux produits (perspectives de rendements, innovation…), la robustesse et la pérennité de ce mode de financement ne pourra se faire sans la création d’un réel cadre réglementaire universel et reconnu visant à légitimer les projets concernés.

Certes, la volonté politique de la France s’est traduite très tôt dans des réglementations pionnières (art. 173 de la Loi de transition énergétique pour la croissance verte) et s’est réaffirmée par la mise en œuvre des recommandations de la Task Force on Financial Disclosure visant à encadrer la standardisation d’indicateurs de transparence et d’information (mesure d’empreinte carbone, indicateurs de limitation de réchauffement climatiques).

De plus, devant la multiplication des fonds d’investissement à composante ‘green’, la France a été le principal moteur dans la définition de labels spécifiques tels que le TEEC (Transition Énergétique et Ecologique pour le Climat) ou l’ISR (Investissement socialement responsable) qui certifie les fonds s’orientant vers le financement de la transition énergétique et de l’économie durable.

Mais pour rassurer les investisseurs notamment privés et particuliers et réorienter les flux de capitaux, la labellisation des produits financiers à caractère ‘vert’ doit être élargie d’une part au niveau européen a minima pour évidemment tendre vers une standardisation mondiale, mais aussi étendue au niveau des produits concernés (extension aux prêts et aux produits d’épargne).

C’est l’une des ambitions affichées du HLEG lors de sa conférence du 22 Mars 2018 dont le plan d’action, validé, recommande à la Banque Européenne d’Investissement (BEI) de coordonner cette taxonomie en concertation avec les experts des États différents membres.

Le point de vue de la Communauté Risk Finance Regulatory

Quel soutien réglementaire pour verdir les financements bancaires ?

Avec plus de 155 millions d’euros d’obligations émises, le marché des obligations vertes n’en reste pas moins embryonnaire. Pour tenter d’atteindre cet objectif d’environ 200 milliards d’euros nécessaire au financement de la transition énergétique, la Commission Européenne a publié en ce début d’année ses recommandations établies par un groupe d’experts sur la finance durable (HLEG).

Ce rapport prévoit notamment d’inciter davantage les banques à financer des projets dits « verts ». Pour se faire, et suite à l’initiative de la fédération bancaire française, le rapport préconise la création d’un « Green Supporting Factor ». Ce facteur de soutien permettrait aux banques d’appliquer un coefficient réduisant les exigences en fonds propres. Cette mesure s’inspire de ce qui se fait actuellement via le « SME Supporting Factor », un soutien pour le financement des entreprises. Les partisans du « Green Supporting Factor » expliquent qu’une telle mesure permettrait de diminuer le coût des finances publiques (environ 50% des investissements est supporté par l’Etat), et d’inciter les banques à réorienter leur activité.

Cette proposition est cependant sujette à débat. D’une part les exigences réglementaires de fonds propres ont pour fonction de couvrir des risques financiers, or rien ne garantit que les activités vertes soient moins risquées. D’autre part cette application tend à entrainer des biais sectoriels, voire un risque de concentration pouvant entraîner un phénomène de bulle. A ce jour, il n’existe pas de critères universels standards sur ce que peuvent financer, ou non, les obligations vertes. De plus, aucune sanction n’est appliquée en cas de manquement aux recommandations existantes (GBP). Seule l’éventualité d’une décote de l’obligation sur le marché ferait office de sanction.

Avant d’envisager l’application d’un « Green Supporting Factor », il conviendrait donc de définir un cadre réglementaire, notamment par l’identification précise des projets environnementaux selon des définitions établies par les autorités compétentes. Ou encore compenser la diminution des exigences en fonds propres par l’application d’un « Brown Penalizing Factor » qui viendrait augmenter les exigences de fonds propres des banques pour les crédits accordés à des projets facteurs de réchauffement climatique, point également évoqué dans le rapport. La question du cadre réglementaire ne relève donc pas, pour une fois, d’une approche coercitive ou inversement incitative mais bien de la normalisation des projets verts.

Le point de vue de la Communauté Innovation

La blockchain face à transition écologique

Depuis 2008 le Bitcoin symbolise le changement d’un système financier porté par les cryptomonnaies. Avec elles, les technologies Blockchain sont apparues comme une opportunité pour un secteur en recherche d’innovation, de rapidité et de sécurisation. Depuis 2017, les initiatives se multiplient notamment à travers les consortiums We.trade, R3, B3I ou des initiatives comme le POC « cash without border» de la BNP.

L’essor de cette technologie se retrouve confronté à un nouvel enjeu : la maîtrise de son impact écologique. Le minage d'une transaction Bitcoinnécessiterait aujourd'hui l'équivalent de la consommation énergétique d'un foyer américain moyen durant deux semaines. Soit deux fois plus qu'il y a quatre mois et cinq fois plus qu'il y a un an.

Les technologies Blockchain ne semblent pourtant pas incompatibles avec les considérations écologiques. Preuve en est, l'institut Louis Pasteur a présenté fin 2017 The Climate Chain, un projet visant à trouver des applications concrètes pour mettre en œuvre les ambitions de l’accord de Paris en s'appuyant sur les technologies de la Blockchain. Un premier test autour du registre français des quotas de gaz à effet de serre est en cours.

Notons que les technologies Blockchain sont récentes et que leur optimisation n'est pas totale. Une première évolution concrète vers l’optimisation est apportée par le Peercoinen 2012 qui permet de limiter la consommation de la Blockchain. La méthode utilisée est celle du Proof-of-Stake en opposition au Proof-of-Work. Il n’est plus demandé aux utilisateurs de valider leurs transactions dans la blockchain via un travail d’exécution d’algorithmes mais en prouvant leur possession de crypto-monnaies. Ainsi, ce n’est que dans un deuxième temps qu’ils deviennent acteur de la blockchain. Reproduire cette méthode serait aujourd’hui une piste pour mieux maîtriser la consommation énergétique.

Afin de faire face aux enjeux climatiques de notre époque, les technologies Blockchain repensées et optimisées d'un point de vu énergétique, pourraient donc se révéler être des atouts non négligeables dans la lutte contre le réchauffement climatique.

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