Les cryptomonnaies font-elles un flop ? 2018-10-10T18:18:56+00:00

Project Description

Portées à l’attention du grand public courant 2017 suite à un emballement médiatique provoqué par l’effervescence de certaines d’entre elles, les cryptomonnaies se sont faites un peu plus discrètes. Promesse non tenue ? Buzz médiatique ? Arnaque internationale ? En réalité, l’ampleur du bouleversement apporté par les blockchains est si vaste qu’il va falloir du temps avant d’en mesurer les premiers gains opérationnels à grande échelle. Avec ce nouveau point de vue Vertuo, nos experts reviennent sur ce soufflé qui ne demande qu’à regonfler…

Le point de vue de la Communauté Transformation

Des promesses encore non tenues

Neuf ans après sa création, le Bitcoin et ses consœurs peinent toujours à trouver leur place en tant que monnaie mainstream. Elles restent aujourd’hui perçues et utilisées comme des outils de spéculation. Et la blockchain, la technologie sur laquelle se base la crypto-monnaie censée révolutionner le monde bancaire, ne parvient pas encore à se matérialiser opérationnellement au service de l’industrie financière.

Les défenseurs de la blockchain promettaient de réduire les intermédiaires tout en apportant plus de sécurité et d'efficacité dans le traitement des opérations. En 2018 la Banque de France a été la première banque centrale à mettre en oeuvre un projet blockchain en automatisant sa gestion des identifiants SEPA. Avec ce nouveau système, ses délais de traitement ont été réduits de plusieurs jours à quelques minutes.

Mais au milieu de tout cet engouement, les limites des blockchains se font également connaître. A la promesse de la désintermédiation maintes fois mise en avant dans les médias, la Banque de France indique que son rôle de tiers de confiance ne disparaît pas. Il a été simplement transféré dans le code de son nouveau système et l’intervention humaine a été recentrée vers la gouvernance de ce système.

En regardant du côté des transactions monétaires, le PoC lancé par SWIFT sur son système Nostro (utilisé dans les transactions interbancaires internationaux) avec l’aide de 34 banques a mené à la conclusion qu’il était encore trop tôt pour une application commerciale de la blockchain à son système de transaction compte tenu de l’avancée actuelle de la technologie. Et pour en tirer pleinement profit, cela requiert également que ses 1 100 membres s’adaptent opérationnellement et technologiquement.

Car l’enjeu central dans la mise en place de blockchains porte bien sur la redistribution du pouvoir : les règles appliquées pour chaque transaction effectuée sur une blockchain sont définies par des individus ou organisations qui en seront également tenus responsables lors de litiges. Le challenge pour les établissements bancaires et les institutions financières sera de trouver les compétences adéquates et rester au centre des transactions financières en mettant en place le prochain système - basé sur la blockchain - qui sera adopté à grande échelle.

Le point de vue de la Communauté Risk Finance Regulatory

Le vide réglementaire freine l’envol des cryptomonnaies

Le vide réglementaire entourant la création ou l’utilisation de cryptomonnaies pourrait constituer un frein majeur à leur envol, à l’heure où l’inflation réglementaire pour l’industrie financière tend à faire oublier le cadre juridique existe avant tout pour créer un environnement favorable et sécurisé aux échanges.

BitCoin, Ripple ou Ethereum, pour nommer les plus célèbres, sont des actifs qui se basent sur le minage et la constitution de blocs de données dédiées à la validation de transactions. Le potentiel incontestable de cette technologie est tel que UBS en parle comme une alternative au dollar à moyen terme, ou que certains clubs de football (dont Tottenham en Premier League) ont accepté des contrats de sponsoring rémunérés en BitCoin. Ces initiatives et espoirs qui entourent les cryptomonnaies, attestent de leur installation durable dans le paysage financier. Mais quelle est la valeur exacte de ce service et quels indicateurs cautionnent une volatilité mensuelle de 160% du Bitcoin en début d’année 2018? Nous sommes face à des instruments dont le sous-jacent et les modèles sont mal connus et où il existe peu de culture analytique et d’historique.

Pour rappel, en France, l’effervescence est pour partie née de buzz médiatiques autour de personnalités publiques qui se sont mises à plébisciter naïvement l’investissement en cryptomonnaies. Sans avoir réellement conscience du profil de risque porté par ces instruments. Les principaux débats publics entourant les cryptomonnaies concernent les discours promotionnels et la nécessité de les règlementer. En effet, tout comme un placement sur un fond de gestion (accompagné par agent initié, et noté par niveau de risque), les profils de risques d’un investissement en cryptomonnaies devraient être clairs pour tout investisseur. La règlementation bancaire (Mifid2 en l’occurrence) est très stricte sur ce sujet, malheureusement les blockchains (complètement désintermédiées) ne tombent pas sous son joug.

Enfin, on voit naitre de plus en plus de fraudes autour des cryptomonnaies, avec des plateformes d’échanges corrompues, des sites miroirs, des pools de minage truqués ou simplement des fausses monnaies. Dans le cadre d’une manipulation plus standard, il est assez simple de réaliser du blanchiment d’argent, car le cryptage des échanges rend les transactions opaques.

Entre la définition d’une valeur objective, le devoir d’information, et la multiplication des fraudes, les cryptomonnaies souffrent de leur attractivité. Pour déployer pleinement leur potentiel, elles doivent impérativement affiner les règles du jeu.

Le point de vue de la Communauté Banque & Assurance

La multiplication des cryptos monnaies peut-elle conduire à leur affaiblissement ?

Depuis 2009, année du lancement du Bitcoin qui a vu son cours battre des records de croissance et de volatilité, plus de 1600 cryptos monnaies ont vu le jour, et pas toujours avec succès ! Une offre et une demande aux enjeux différents qui affecte la juste valorisation du marché.

L’offre : Le crowdfunding 2.0

L’augmentation du nombre des cryptos monnaies est notamment due à sa facilité de création. Depuis le protocole ERC20, il n’est même plus nécessaire de créer une blockchain, il suffit d’un jeton (token) à intégrer à une blockchain existante. Dans la grande majorité des cas, ces jetons servent à lever des fonds pour lancer de nouveaux projets de crowdfunding sans nécessairement d’assurance de pérennité ou de viabilité du projet.

La demande : Un effet « boule de neige ».

Lorsque le Bitcoin a commencé à battre des records de capitalisation, les médias non spécialisés se sont emparés du phénomène suscitant un intérêt croissant de la population. Selon une étude menée par le groupe britannique IW capital, seulement 5% des investisseurs tirent réellement profit des cryptos monnaies. Beaucoup de spéculateurs ne connaissent même pas les projets sous-jacents et se concentrent uniquement sur les initiatives à fort potentiel spéculatif.

En résumé, les médias ont fait progresser (volontairement ou non) les cours de manière si artificielle que lorsque l’effet de mode s’est dissipé, la demande a chuté. L’offre n’ayant pas diminué par ailleurs, les cours ont inéluctablement baissés en 2018.

Les valeurs des cryptos monnaies dépendent de leur rareté relative et de leurs intérêts. La multiplication de celles-ci a eu pour incidence d’augmenter l’offre qui, cumulé à un essoufflement de la demande, contribue à leur affaiblissement.

Cette baisse de valorisation peut avoir un impact direct sur l’économie. En effet, les fonds qui ont été perdus par de nombreux investisseurs n’ont pas été injecté dans l’économie réelle. Un des enjeux principaux des cryptomonnaies demeure donc les débouchés concrets faisant le lien entre monnaie électronique et usages financiers au service de l’économie réelle, avec des partenariats qui tardent à se mettre en place.

Le point de vue de la Communauté Innovation

Des perspectives qui restent à identifier

Compte tenu de leur popularité grandissante, les cryptomonnaies ont-elles vraiment un avenir dans notre économie ou leur croissance est-elle due uniquement à un effet de mode temporaire ?

Jusqu’à maintenant, la cryptomonnaie était la seule monnaie qui permettait d’échapper aux régulations étatiques tout en faisant face aux crises financières. Par exemple, au Venezuela le président Nicolas Maduro a créé le Petro, une cryptomonnaie indexée sur le prix du baril de pétrole, dans le but de contourner les transactions libellées en dollar entrant sous le coup des sanctions américaines. D’autres états ont, quant à eux, développé des systèmes de paiement officiels en cryptomonnaie à l’instar du Canada et de Singapour. Ces phénomènes laissaient penser que les Cryptomonnaies avaient de beaux jours devant elles.

Toutefois ces derniers mois, les monnaies numériques ont été mises à mal en révélant des failles sécuritaires de leur système. Malgré une sécurité éprouvée reposant sur la technologie Blockchain, de nombreux piratages de masse ont été mis en lumière entrainant la panique des investisseurs. Ces derniers ont rapidement revendu leurs actifs, générant une chute conséquente des cours. Afin de contrer les tentatives d'escroquerie, le réseau social américain Facebook en est même venu à interdire la publicité sur les cryptomonnaies et les ICO (Initial Coin Offering).

Des investisseurs importants ont changé leurs stratégies à l’instar de Goldman Sachs qui a reporté son desk de transactions en cryptomonnaies pendant que certains grands acteurs du bitcoin MtGox et Coincheck ont vu leurs clients des millions de dollars !

Pour rassurer les utilisateurs et relancer cette monnaie virtuelle, de nombreuses réponses sont à trouver sur le plan réglementaire d’une part, sur le contrôle des plates-formes commercialisant ces actifs et sur les usages concrets de ces monnaies encore marginales pour l’économie réelle.

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