Project Description

RiskAssur – 29/11/2019

Depuis presque 20 ans, le marché des objets connectés ne cesse de croître. Le premier objet fut commercialisé en 2003 par la firme Violet : c’est la lampe DAL, équipée de 9 leds qui s’allument en fonction des évènements.

Deux ans plus tard, en 2005, l’entreprise lance le célèbre lapin Nabaztag qui intègre la reconnaissance vocale et permet ainsi de détecter les bruits ambiants et de diffuser des messages vocaux. La notion de « maison intelligente » commence ainsi à voir le jour et de nombreux autres dispositifs domestiques (systèmes domotiques) font leur apparition.
Ainsi, partout dans le monde, le marché des objets connectés est présenté comme un véritable eldorado : sept milliards d’objets connectés sont attendus à la fin de l’année 2019, plus de 20 milliards en 2025, jusqu’à 125 milliards à l’horizon 2030(1). Le déploie ment des objets connectés est devenu une réalité ces dernières années, en particulier dans le secteur de l’assurance.
En 2014, Allianz a d’ailleurs lancé une offre : un détecteur de fumée offert pour chaque nouveau souscripteur. Les détecteurs autonomes avertisseurs de fumée permettent ainsi à l’assureur et à l’assuré de diminuer les risques de catastrophe grave en pouvant intervenir rapidement grâce à la détection quasi immédiate d’un potentiel incendie.
L’une des clés de l’utilisation d’objets connectés en assurance consiste alors à créer de la valeur pour les clients autour de ces objets. Il est indispensable pour les assurés que ces objets leur apportent un service spécifique et supplémentaire par rapport à un contrat d’assurance classique.

Luko, l’un des premiers assureurs à avoir surfé sur le développement de ces nouveaux objets connectés, l’a bien compris.

Cette jeune start-up française réinvente l’assurance habitation. Au-delà de la protection de l’individu, Luko se veut utile à la société et éco-responsable. Elle se positionne auprès de ses clients comme « l’assureur qui veut du bien à son intérieur ».
Lors de son lancement en 2016, Luko avait pour ambition première de développer un capteur connecté, le « Luko Home Guardian » collé au compteur du client afin de suivre en temps réel sa consommation d’électricité dans un objectif de prévention d’incendie. Force est de constater que cette solution a renontré un vrai succès.
La jeune start-up décide en juin 2018 d’étendre son business model et de lancer sa propre offre d’assurance, en partenariat avec La Parisienne Assurances.
Ainsi, Luko propose un service complet : une offre d’assurance plus simple et plus transparente, une ex périence client revisitée avec :
  • une souscription entièrement digitalisée et simpli fiée en deux minutes,
  • le « Luko Home Guardian » offert lors de la sous cription,
  • une gestion de sinistre gérée en deux jours,
  • et un remboursement de sinistre réalisé en deux heures.
L’objectif pour Luko : rendre les clients plus responsables pour diminuer les risques de sinistre. En effet, une maison connectée est une maison plus sûre : elle peut alerter en cas d’intrusion, de fuite ou de court-circuit par exemple.
En introduisant dans son offre ce boîtier connecté, qui permet de suivre et d’analyser la consommation d’électricité en temps réel et de l’alerter en cas de suspicion d’activité anormale d’un appareil électrique, Luko se démarque davantage des assureurs classiques. L’entreprise l’a bien compris : ces nouveaux objets présentent de nouvelles opportunités aussi bien pour les assureurs que pour les assurés.

En récupérant et en analysant les données issues de ces objets connectés en temps réel, les assureurs pourront plus facilement améliorer leur gestion des risques en anticipant les sinistres.

Les lentilles intelligentes développées par Google et Novartis en sont le parfait exemple, car elles permettent aux diabétiques de mesurer en temps réel leur taux de glycémie et ainsi anticiper un potentiel futur malaise.
A travers les objets connectés, les assureurs ont donc l’opportunité de passer d’un simple rôle d’indemnisation (sans véritable levier de différenciation) à un rôle de prévention pour proposer de nouveaux services et accompagner leurs assurés tout au long de leur vie. Un moyen efficace de développer ainsi la relation de confiance qu’ils entretiennent avec ces derniers.

Certains freins à l’adoption de ces nouveaux objets sont toutefois constatés. Les clients se montrent frileux quant à la récupération et l’exploitation de leurs données personnelles.

En particulier, les données liées à la santé suscitent de vives inquiétudes sur leur confidentialité et leur protection. L’utilisateur final est en droit de se demander si les assureurs ne seront pas tentés de revendre ces informations à des tiers comptes tenus de la manne financière non négligeable qu’elles re présentent.
En ce sens, la nouvelle réglementation dédiée à la protection des données personnelles (RGPD) apporte un cadre juridique supplémentaire et utile permettant de rassurer le client sur l’utilisation faite de ses données.
La question de l’individualisation versus la mutualisation se pose également. En effet, grâce à une connaissance accrue du client, l’assureur peut être tenté d’ajuster la facture à la hausse ou à la baisse en fonction du comportement du client. C’est par exemple le cas des offres « Pay as you drive », que de grands acteurs proposent tels qu’Allianz et son offre « Allianz Conduite connectée » ou encore Direct assurance et son offre « YOUDRIVE ».

Le système d’assurance mutualiste pourrait donc potentiellement disparaître au profit d’un tarif basé sur le comportement des assurés.

Autant de questionnements qui nécessitent un éclaircissement de la part de l’ensemble des acteurs du marché afin de rassurer le client et l’encourager à utiliser davantage ces nouveaux objets connectés, qui pour le moment, ont du mal à se faire une place au sein des ménages. En effet, nombre d’assurés perçoivent encore ces innovations comme des « gadgets ». Plus précisément, ils ne mesurent pas à leur échelle, la valeur ajoutée de ces nouveaux produits. Fréquemment d’ailleurs, l’acquisition d’objets connectés représente un investissement supplémentaire ou une surprime dont l’utilité n’est pas directement perçue.
La finalité aujourd’hui apportée par les objets connectés reste donc encore à démontrer afin de générer une adhésion plus généralisée à l’usage de ces nouveaux services.
(1) Source : Celia Garcia Montero, spécialiste des objets connectés, journaliste au Journal du Net

Camille DUGUE, Consultante Vertuo Conseil, Groupe Square Management

RETOUR