Les objets connectés sont-ils le futur de l’assurance Santé ? 2018-08-14T05:28:19+00:00

Project Description

Les objets connectés sont intimement liés à des enjeux technologiques, sociétaux, économiques et juridiques. Ils sont une prolongation du web 2.0 et s’intègrent aux habitudes de vie de ceux qui les utilisent au quotidien dans leur automobile, domicile ou pour leur santé. Les bénéfices attendus en termes de services d’accompagnement sur des problématiques de santé, prévoyance ou de dépendance sont importants aussi bien pour les utilisateurs finaux que pour les sociétés d’assurance. Cependant, ces dernières ne disposant pas de compétences techniques suffisantes pour créer des synergies entre les services et la connectique, elles se font accompagner par des startups et géants de l’informatique pour développer ces nouvelles technologies.

Avec le vieillissement de la population, la prévoyance et l’assistance aux personnes dépendantes deviennent des produits d’avenir pour les sociétés d’assurance. Selon une étude Xerfi de 2015, il y aura en France 6 millions de personnes qui auront plus de 75 ans en 2020, et près de 12 millions en 2060. Si aujourd’hui une personne âgée sur cinq est dépendante, on peut estimer que le nombre de personnes dépendantes s’élèvera à 1,4 million en 2030. Ce marché en plein essor est donc au cœur des stratégies de développement des sociétés d’assurance qui, à défaut de pouvoir se différencier sur des produits prévoyance et dépendance assez standardisés, vont devoir concentrer leurs efforts sur le développement de services à forte valeur ajoutée pour ces populations.

A ce titre, les objets connectés relevant de la télémédecine ou de la téléassistance semblent être un axe stratégique fort pour les sociétés d’assurance. Ces nouvelles technologies, qui permettent à l’assuré de mieux veiller sur sa santé et potentiellement d’être maintenu à domicile plus longtemps, offrent des solutions concrètes à une population vieillissante qui cherche avant tout à améliorer son bien-être.

En effet les objets connectés, souvent adossés à des applications mobiles, proposent des services de coaching et d’accompagnement applicables à une multitude de domaines : -confort de l’habitat et maintien à domicile (contrôle des appareils à distance, de la lumière, des volets…), sécurité (détection des besoins d’intervention médicale d’urgence), suivi médical à distance (télémédecine et télésanté).

Euro-Assurance propose par exemple un pilulier connecté, fonctionnant avec une application mobile, qui permet au senior de désigner des personnes à contacter en cas d’urgence (aidant, médecins traitant, enfants…). En cas d’oubli de prise de médicaments, un SMS est envoyé aux personnes désignées.

L’e-santé devient ainsi une réponse aux attentes des personnes âgées et de leur entourage qui voient en ces nouvelles technologies la possibilité de mieux prévenir la dépendance.

Le métier d’assureur prend donc aujourd’hui une nouvelle dimension : au-delà d’assurer simplement un risque, les assureurs cherchent à le réduire grâce une politique de prévention auprès de leurs assurés.

Aetna (assureur santé américain) en partenariat avec Apple, a mis à disposition de ses 50 000 employés des montres Apple Watch qui grâce à leur application Santé favorisent la prévention des salariés en leur faisant adopter les bons comportements santé. En matière de politique de prévention, Generali Allemagne va même plus loin en proposant un rabais de primes pour les assurés affichant une amélioration de leurs comportements de santé.

Les perspectives de développement qu’offre l’e-santé, viennent se coupler à celles de la silver économie. Les seniors français sont des cibles intéressantes pour l’e-santé pour plusieurs raisons. C’est une génération technophile, sensible aux nouvelles technologies qui a un pouvoir d’achat relativement élevé surtout chez les boomers 55/68 ans. Mais c’est aussi une génération confrontée à la problématique de la dépendance et qui en voit les risques. En effet bon nombre d’entre eux cumulent à la fois emploi et statut d’aidant familiaux pour accompagner un proche en situation de dépendance.

Il se met donc en place un écosystème favorable aux assureurs.

Afin de limiter les risques de perte d’autonomie, les « jeunes » silvers n’hésitent pas à suivre des politiques de prévention via les objets connectés qui leur offrent un accompagnement complet personnalisé, du diagnostic jusqu’aux soins préventifs. L’assureur récolte ainsi un certain nombre de données concernant ses assurés, ce qui pourrait lui ouvrir la voie vers un nouveau marché celui de l’assurance sur mesure. En effet l’assureur connaissant parfaitement ses assurés, il pourrait leur proposer une couverture sur mesure en termes de garanties avec une tarification adaptée en fonction du niveau de risque de l’assuré, ce qui permettrait à l’assureur de mieux maîtriser ses coûts.

Néanmoins cet écosystème vertueux se voit limité par le fait que ces objets connectés reposent sur l’utilisation de nombreuses données personnelles liées à la santé. Or l’impact de cette composante est non négligeable sur le marché français : d’une part les personnes sont souvent réticentes à communiquer ce type de données mais surtout la législation française est très stricte avec les assureurs en matière d’utilisation des données personnelles.

Deux enjeux sont à prendre en compte dans la santé connecté, l’assureur se doit de :

  • Définir les données relatives à la santé et celles au bien-être pour être sûr de toujours respecter la législation
  • Récompenser les « bons comportements » par des rabais de prime par exemple sans dévier pour autant de l’un des principes de base du secteur de l’assurance qu’est celui de la mutualisation des risques.

L’assurance santé de demain pourrait être individualisée aussi bien pour la tarification des contrats en récompensant les bons comportements que par l’offre de garanties proposées à l’assuré. Favoriser la prévoyance pourrait faire reculer la perte d’autonomie, ce qui induit aussi un gain financier pour les assureurs. Les objets connectés permettraient à l’assureur de mieux maîtriser les risques et les coûts grâce à une meilleure prévention des assurés ainsi qu’une tarification adaptée en fonction du niveau de risque de l’assuré.

Par Glodie MPAKOU-SOLO, Consultante du Cabinet Vertuo Conseil

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