Project Description

Le PDG d’Axa déclarait en 2015 : « un monde à +2°C pourrait encore être assurable, un monde à +4°C ne le serait certainement plus » : selon une étude publiée par la Fédération Française de l’Assurance, les dégâts cumulés causés par les aléas naturels s’élèveront à près de 100md€ d’ici 2040, dont 30% ayant pour origine le dérèglement climatique.

L’urgence financière devrait convaincre les derniers climato-sceptiques. Quelles sont les stratégies possibles pour maintenir la solvabilité du modèle d’assurance tout en continuant à protéger tant les personnes que les entreprises ? Dans cette nouvelle édition du Point de Vue Vertuo, nos consultants vous proposent un aperçu de la prise de conscience top-down autour du risque climatique et de son intégration dans le pilotage d’une industrie vitale au financement de l’économie.

Le point de vue de la Communauté Transformation

La gouvernance d’entreprise, un levier de modernisation de l’assurance

Les assureurs doivent, d’ici fin 2018, renforcer leurs offres dites « vertes » en développant au sein de produits existants le label pour la Transition Ecologique et Energétique pour le Climat (TEEC). Cette généralisation des offres vertes devra permettre de mobiliser l’épargne en faveur du climat. En effet, l’assuré pourra demander à ce que son capital serve à financer des projets de lutte contre le réchauffement climatique.

Avec une collecte nette à 7,6 milliards d’euros à fin janvier 2018, l’ouverture de nouveaux produits d’épargne labellisés « climat » au sein de l’assurance vie semble donc prometteuse. Car il y a urgence : les dégâts causés par les orages de mai et juin confirment les résultats des dernières études en matière de changement climatique qui montrent l’accroissement, en quantité et en intensité, des catastrophes causées par le dérèglement climatique.

Pas d’autre solution que celle de se transformer pour survivre : les assurances ont un rôle de premier plan dans la prévention face à de tels risques sous peine de voir leur modèle économique s’effondrer. Le déploiement de nouvelles structures et de nouveaux outils d’aide à la décision semble inévitable pour répondre à ce nouveau besoin. Pour y parvenir, il est primordial pour chaque assureur d’adopter une gouvernance qui permettra de préserver et de faire évoluer la fonction historique auprès de leurs assurés, une gouvernance qui doit désormais mieux adresser la question de la donnée et des algorithmes prédictifs.

Car le traitement des données récoltées dans le monde via les stations météorologiques est désormais suffisamment qualitatif pour une utilisation efficace et prédictive permettant d’anticiper certains phénomènes et donc de mieux s’y préparer. L’utilisation des systèmes d’information géographiques (SIG) joue désormais un rôle important dans le traitement des informations météorologiques : lors du passage de l’Ouragan Irma dans les Antilles, des météorologues ont utilisé des données climatiques pour établir les différents scénarios d’évolution possibles et ainsi cartographier les trajectoires potentielles de l’ouragan. Ce système peut ainsi être adapté par les assureurs à divers types d’aléas climatiques afin d’anticiper au mieux un certain nombre de risques. Les revenus des offres « vertes » pourraient notamment contribuer au financement de ces systèmes d’aide à la décision.

Le point de vue de la Communauté Risk Finance Regulatory

Une industrie dans l’attente de directives incitatives ?

Sans une modification de la trajectoire du changement climatique, l’augmentation moyenne des températures ferait peser une telle charge sur les assureurs que ceux-ci ne seraient plus à même de mener à bien leur activité de couverture des risques : la mécanique d’augmentation des primes ne suffirait plus. Aujourd’hui, avec un scénario à +2°, des produits dénommés « cat bonds » connaissent un certain succès : les « catastrophes bonds » offrent aux investisseurs de ces obligations la possibilité de parier sur la non survenance de catastrophes naturelles, et aux assureurs ou réassureurs de partager les risques liés à la survenance de tels événements.

Mais la résilience face au changement climatique peut-elle uniquement s’accompagner d’un nouveau partage des risques ? Par leur activité, les compagnies d’assurances ne pourraient-t-elles pas influer sur les comportements des acteurs et ainsi contribuer positivement à la transition énergétique ? Une mise en place généralisée de contrats d’assurances avec des primes modulables en fonctions de critères verts (par exemple des offres de tarifs réduits pour l’assurance de véhicules hybrides ou électriques), pourrait non seulement permettre de lutter contre le changement climatique mais également lancer le débat d’un coût en fonds propres moindre, incitant les assureurs à proposer de tels contrats. De même que la Fédération Bancaire Française, avait proposé, dès 2016, l’introduction d’un green supporting factor applicable aux acteurs bancaires, la directive Solvency II devrait-elle évoluer au regard des nouveaux besoins induits par la transition énergétique ? Cette question mérite de se poser pour la comptabilisation des risques couverts par les contrats au passif mais doit également trouver son pendant sur le traitement des investissements à l’actif du bilan des assureurs.

En tant qu’investisseurs institutionnels, les compagnies d’assurances investissent largement dans l’économie. Pourtant, malgré l’existence du Reporting climat, rendu obligatoire depuis janvier 2016 en France par l’Article 173 de la loi sur la transition énergétique, demandant aux investisseurs institutionnels de justifier leurs investissements afin de limiter le réchauffement climatique et favoriser la transition énergétique, le financement de solutions vertes ne figure pas au premier plan des stratégies d’investissements de ces acteurs. La mise en place de nouveaux facteurs réglementaires incitatifs ou désincitatifs, pour les compagnies d’assurances, pourrait alors contribuer favorablement à des investissements davantage orientés vers des secteurs ou activités peu émettrices.

Le point de vue de la Communauté Banque & Assurance

Vers de nouveaux modèles de couverture

L’augmentation des dégâts liés au changement climatique force les assurances à ajuster leurs projections de sinistralité future et de provisions à la hausse. Si cet exercice est largement basé sur la déclaration des pertes historiques, la survenance fréquente des catastrophes naturelles de nature violente laisse penser que le régime de pertes historiques tel que connues jusqu’à présent n’est plus suffisant pour calculer les provisions. Les assureurs doivent développer de nouvelles méthodologies pour intégrer et dépasser cette limite dans les modèles actuels.

En jargon anglais, les catastrophes naturelles sont décrites comme un « Act of God » (Acte de dieu) en raison de leur caractère imprévisible. Dans certains pays comme la France, la couverture "Catastrophe naturelle" est obligatoire et prévue dans les conditions générales des contrats d'assurance.

Or aujourd’hui, la fréquence et la force des catastrophes rendent de plus en plus difficile la mutualisation du risque : une plus grande proportion de la population peut réclamer des indemnisations simultanément et plus fréquemment. Cette réalité a été flagrante en 2017 lorsque la côte Atlantique a été frappée par trois ouragans violents dans un même trimestre.

Les assureurs travaillent ainsi à couvrir les catastrophes naturelles différemment en cherchant à prévoir certains types de phénomènes. Cette réflexion se matérialise par une éventuelle sortie des clauses de couverture des catastrophes naturelles des conditions générales des contrats ou par l’ajout d’options de couvertures tarifées à leur juste valeur.

La prévention est aussi l’autre axe majeur que les assurances cherchent à développer. Depuis 2013, AXA analyse la Seine et les cours d’eau en Europe pour anticiper et mieux éviter les risques liés aux inondations. Une analyse a en effet démontré que, sans mesures préventives, une crue de la Seine pourrait engendrer la fermeture de 41 stations de métros et 30 milliards d’euros de dommages. L’effort d'investissement dans la prévention est indispensable aux assureurs pour réduire effectivement la sinistralité future et accompagner la transformation de leur modèle de mutualisation des risques.

Le point de vue de la Communauté Innovation

L’assurance indicielle est-elle une réponse face aux enjeux du dérèglement climatique ?

Météo France a enregistré 370 000 impacts de foudre au sol pour le seul mois de mai 2018, un record depuis 30 ans ! Entre le 25 mai et le 14 juin, orages, pluies diluviennes, coulées de boue et grêle se sont succédés et ont provoqué de nombreux dégâts. Dans le bordelais, les vignes, les champs de blé, de colza et d’orge ont été fortement endommagés. Les assureurs estiment que 214.000 personnes ont été touchées pour un coût total de 430 millions d’euros.

La violence, la variété et la répétition des phénomènes climatiques interrogent assureurs et assurés sur la viabilité et la pérennisation du processus d’indemnisation suite aux catastrophes naturelles. Les assurances-récolte, MRC (multirisque climatiques) et assurance grêle couvrant les exploitations agricoles semblent à bout de souffle. En cause, le coût d’intervention d’un expert, le délai dans le processus remboursement et la subjectivité quant à l’estimation du préjudice.

Plusieurs pays en voie de développement ont le soutien technique et financier pour mettre en place des opérations de micro-assurance au niveau régional à travers le « mécanisme mondial d’assurance indicielle ». Ce programme innovant de la Banque Mondiale permet d’avoir une longueur d’avance sur les pays européens en termes d’assurance dite indicielle ou paramétrique.

Le principe est simple : le remboursement est basé sur un indice de sécheresse, de pluviométrie, de température ou de gel. Les données satellitaires couplées au Big Data permettent aujourd’hui de récolter une multitude de paramètres en estimant au mieux les pertes. Exit l’intervention d’expert, l’indemnisation est déclenchée automatiquement et permet aux petits agriculteurs d’assurer des revenus stables même en période de vaches maigres.

Axa Corporate a signé en 2015 un partenariat avec ce programme et ambitionne d’exploiter ce marché en plein essor notamment dans les pays africains.

En France, le président de la FFA a annoncé des propositions pour « moderniser le régime de couverture en cas de catastrophes naturelles ». Cela va dans le sens d’une prise de conscience collective des conséquences du dérèglement climatique et d’un changement profond de la méthode. La perspective de développer ces nouveaux types de contrats dans les années à venir paraît inévitable et dans l’intérêt de tous les acteurs.

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