L’euro-croissance bientôt troisième pilier de l’assurance vie ? 2018-11-28T06:26:12+00:00

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Le Revenu – 10 novembre 2018 :

L’assurance vie est le véhicule d’épargne préféré des français du fait de sa fiscalité avantageuse, sa grande liquidité et surtout pour la sécurité offerte par les fonds en euros. Cependant celui-ci demeure de moins en moins attrayant en raison de la baisse de sa rentabilité. Dans ce contexte, le fonds euro-croissance, lancé en 2014, a une carte à jouer.

L’assurance vie représente une capitalisation totale d’environ 1.700 milliards d’euros dont 82% sont placés sur le fonds le plus sécurisant pour l’épargnant, le fonds en euros.

Celui-ci peut constituer le support unique d’un contrat d’assurance vie (mono-support) ou être accompagné d’unités de compte (multi-supports) plus rentables mais souvent plus risqués car leur taux de rémunération est soumis aux fluctuations du marché.

Traditionnellement les français préfèrent faire preuve de prudence lorsqu’il s’agit d’investir leur épargne, ce qui explique leur fort attrait pour les fonds en euros depuis de nombreuses années.

Outre la fiscalité avantageuse qu’offre l’assurance vie, les fonds en euros assurent une garantie du capital investi et des rendements réguliers (effet cliquet), corrélés à une forte liquidité, autant d’avantages qui expliquent son succès. Afin d’assurer cette garantie, les assureurs ne doivent pas prendre de risques et investir majoritairement (80% à 90%) dans des titres sûrs composés d’obligations émises par les États ou les entreprises.

La part restante du portefeuille sera diversifiée entre les actions et les investissements immobiliers pour espérer un rendement plus élevé.

Cependant le fonds en euro se voit fragilisé par une baisse constante de son rendement au cours de ces dernières années. Étant très largement investis dans de la dette publique, les fonds euros restent grandement dépendant des rendements obligataires et leur rémunération diminue à mesure que les taux obligataires se réduisent.

Une possible remontée des rendements servis n’est, par ailleurs, pas envisageable à court ou moyen terme en raison de l’appauvrissement des fonds euros qui voient leurs obligations anciennes se substituer à de nouveaux titres moins rémunérateurs.

Cette érosion s’explique également par la mise en place de nouvelles normes prudentielles qui pèsent sur la performance de leurs rendements.

Ces normes imposent aux établissements financiers plus de prudence dans la gestion de leurs actifs, les compagnies d’assurance devront donc renforcer leurs fonds propres pour continuer à investir dans des produits plus rentables qui sont par essence plus risqués.

L’euro croissance : une opportunité…

Conçu pour concurrencer les fonds classiques d’investissement en euros, peu rentables, et en unités de compte, trop risqués, le fonds euro croissance a été lancé courant 2014 sous le quinquennat de François Hollande.

Il permet d’investir sur un support qui offre de belles perspectives de rendement tout en assurant une sécurité des sommes épargnées. Avec une telle promesse on peut donc se demander pourquoi l’euro-croissance, reste aujourd’hui assez marginal et peine à séduire.

Sa composition est très similaire à celle de son homologue classique. La principale nuance réside dans le fait que l’assureur ne s’engage pas dans une garantie du capital à tout moment, mais uniquement à une échéance définie avec l’assuré d’au moins huit ans.

La durée minimum de détention du contrat devient un levier de performance important pour les gestionnaires de fonds qui vont pouvoir investir dans des actifs plus risqués et de surcroît plus rentables.

Le fonds euro croissance reste un produit assez complexe ou réside deux types de provisions qui cohabitent ensemble : la provision de diversification (PD) et la provision mathématiques (PM).

Cette dernière est exprimée en euro et elle permet à l’assureur de garantir le capital à échéance du contrat. Sa valeur est corrélée à l’évolution des taux d’intérêt et peut évoluer de manière positive ou négative tout au long de la durée de vie du contrat.

En revanche, à l’échéance la valeur du contrat sera égale au montant de la garantie initiale.

La provision de diversification représente quant à elle une part bien moins importante mais c’est elle le moteur de la performance du contrat. Elle dépend de la valorisation des actifs dans lesquels la compagnie d’assurance a décidé d’investir.

À l’échéance, c’est la PD qui va déterminer le niveau de performance du fonds. Plus l’épargnant décide de s’engager sur du long terme, plus il verra ses rendements augmenter.

L’objectif de l’euro-croissance est donc d’offrir aux particuliers une plus grande diversification de leur épargne et ainsi maximiser leurs rendements sur le long terme.

… qui peine à séduire

Malgré les atouts qu’il présente, l’euro-croissance n’a pas eu le succès escompté.

Le principal frein à l’investissement est dû au manque de liquidité des fonds qui sont bloqués au moins huit ans si l’on veut bénéficier de l’effet cliquet et être certains de récupérer au moins la mise de départ.

Pour contrebalancer cette perte de liquidité l’épargnant pourrait s’attendre à avoir des rendements bien supérieurs aux fonds en euros classiques or l’environnement actuel de taux bas pénalise également l’euro-croissance.

En effet plus les taux sont faibles, plus la part attribuée aux titres risqués sera réduite et la quasi-totalité de l’investissement sera consacrée à des actifs sécurisés.

La difficulté de compréhension de ce support est également l’une des raisons du désintérêt des français pour l’euro-croissance. Les assureurs aussi qui, à l’annonce de son apparition, ont accueilli la nouvelle avec enthousiasme ont vite déchanté au vu de la complexité du dispositif.

C’est notamment les deux poches d’investissement, l’une exprimée en euros (la PM) et l’autre en nombre de parts (la PD) dont la valeur fluctue qui complexifient la compréhension du fonctionnement de ce support et le rend difficilement lisible.

Au-delà des nombreuses contraintes qui s’opposent à cette nouvelle offre, il est difficile juger de sa performance à terme.

Créer en 2014, les premiers contrats n’arriveront à échéance que huit ans plus tard soit en 2022. Les analyses des performances de leur rendement seront dès lors bien plus pertinentes.

Le pacte pour relancer l’euro-croissance

La loi pacte porté par Bruno Le Maire compte bien remettre l’euro-croissance au goût du jour en le rendant plus attractif.

Son objectif étant d’orienter plus largement l’encours de l’assurance vie vers le financement des entreprises françaises et notamment des PME, principal moteur de l’emploi en France.

Malgré ses atouts indéniables, ce nouveau produit n’a pas eu le succès escompté, avec seulement 2 milliards d’euros d’encours.

Bercy compte bien multiplier ce montant par 10 pour atteindre les 20 milliards en deux ans.

Simplifier le dispositif

Le ministre de l’Économie a donc prévu une «simplification drastique» du dispositif.

Le problème est qu’aujourd’hui le taux annuel global communiqué aux épargnants ne correspond pas au taux de rendement réellement perçu, ce qui peut les induire en erreur.

Celui-ci est individualisé et diffère en fonction de trois facteurs, le niveau de garantie qui peut être inférieur à 100%, la durée de l’engagement et la date de souscription.

Grâce à une meilleure lisibilité sur la performance du produit, Bruno Le Maire espère convaincre les assureurs qui auront plus de faciliter à le commercialiser.

L’une des pistes évoquées est donc d’afficher un rendement unifié aux épargnants tout comme le fonds en euros pour obtenir une meilleure visibilité sur les rendements perçus année après année.

Pour un investissement plus long, l’épargnant sera récompensé par un taux bonifié qui permettra d’obtenir une garantie supérieure.

Par exemple, s’il opte pour une échéance à 20 ans au lieu des 8 minimum, il pourra bénéficier de 10% de supplémentaire à la fin de son contrat et ainsi atteindre un taux de 110% au lieu de 100% sur sa garantie initiale.

D’autres mesures devraient ressortir de la réforme pour favoriser le développement de l’euro-croissance. La loi pacte offrira notamment la possibilité d’élargir la liste des fonds éligibles à l’assurance vie, et particulièrement les fonds destinés au capital-investissement déterminant pour développer notre tissu entrepreneurial.

Une piste de réflexion supplémentaire est envisagée par le ministre de l’économie. Depuis deux ans le législateur a rendu possible le transfert des gains latents obtenus sur les fonds en euros vers les fonds euro-croissance.

Pour inciter à investir, Bercy étudie la possibilité d’allonger ce transfert d’actifs qui a pour date butoir le 31 décembre 2018.

Le projet de loi a été voté en première lecture à l’Assemblée nationale le 9 octobre et sera examiné par le sénat début 2019, de l’issue du vote dépendra le succès ou non de l’euro-croissance.

Par Alexis HEUGAS, Consultant Junior du Cabinet Vertuo Conseil

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