Project Description

La période comprise entre 2011 et 2014 a été active en termes de délocalisation des activités des entreprises françaises à l’étranger. Le rapport publié par l’INSEE le 12 juin 2013 estime à 20.000 le nombre d’emplois supprimés sur le sol français dû aux délocalisations sur cette période de 3 ans. C’est un chiffre important, largement repris dans la presse, mais qui fait échos aux 20.000 emplois que la France détruisait annuellement 10 ans plus tôt. Il est donc important de ne pas tirer de conclusion trop hâtive à la lecture des résultats statistiques.

L’argument numéro un mis en avant par les entreprises qui délocalisent leurs activités est le prix de la main d’œuvre. Rien qu’au sein de l’Union Européenne, les coûts horaires de main d’œuvre varient de 4,10 € (Bulgarie) à 41,30€ (Danemark) soit 10 fois plus cher. La France se situant à 35,10€ (chiffres Eurostat 2015). Mais les salaires ne sont pas le seul argument : coûts commerciaux (transport notamment), coûts de production (charges sociales), rapprochement avec des entreprises ayant déjà délocalisé, recherche d’environnements stables (facilité d’embauche, flexibilité de l’emploi, qualification des salariés, etc.) sont des critères également importants dans ce choix stratégique.

Au sein des établissements financiers, si le secteur de l’ITO (Information Technology Outsouring) a été historiquement plébiscité (datacenters, centres de développements, de recette). Aujourd’hui, c’est celui de BPO (Business Process Outsourcing) qui concentre l’essentiel des demandes. Conserver les services « Front Office » en France et délocaliser toutes les autres fonctions en dehors du territoire ne pose en effet aucune difficulté. Et inutile de penser que toutes les activités partent pour un seul et même pays : Royal Bank of Scotland a ainsi choisi de délocaliser sa comptabilité en Pologne, alors que l’IT est largement sous-traité en Inde. Les systèmes d’information étant interconnectés, les échanges d’information s’opèrent de manière fluide, et ne posent aucune difficulté théorique. D’autant que les économies financières réalisées sont substantielles, et capables de gommer un service client dégradé.

En Europe, c’est le Luxembourg qui a adopté une réelle stratégie de communication en vue d’attirer les entreprises souhaitant délocaliser. L’excellente stabilité politique, financière et législative permet facilement aux entrepreneurs de se projeter durablement. D’autres pays reviennent en force et notamment l’Irlande qui, après un épisode tourmenté ces dernières années, concentre effectivement une grande partie des services des fonds d’investissement. Délocaliser son activité en Irlande, c’est également se rapprocher des acteurs influents et des partenaires certifiés et ainsi profiter d’une expertise très localisée. Côté Maghreb, c’est le Maroc qui est historiquement le partenaire privilégié de la France, et ce, malgré un ralentissement des activités de nearshoring ces dernières années (source Office des Changes). Secteur stratégique au Maroc, le Plan « Offshoring 2016-2020 » a été adopté et offre de belles perspectives pour les acteurs français et marocains.

Pour les multinationales, 2016 a marqué un temps d’arrêt dans les annonces de délocalisation de leurs activités en dehors de l’hexagone. La proximité des élections présidentielles en France expliquant très certainement ce phénomène.

Sans être repris par les politiques, des entreprises annoncent régulièrement rapatrier toute ou partie de leurs activités en Europe. Cela a été le cas d’AXA en 2016 avec l’annonce de la fin de ses activités de production informatique à Bangalore. En cause ? Un turnover des salariés trop important impactant la qualité de services rendus.

Retour du protectionnisme ?

Si l’échiquier mondial des délocalisations ne devrait pas être bouleversé en 2017, celui des délocalisations américaines semble pour l’instant à l’arrêt. Les annonces du nouveau président Américain Donald Trump du 4 décembre 2016 ont en effet mis à l’arrêt certaines velléités de grands groupes : Ford vient ainsi d’annoncer l’abandon de son usine au Mexique au profit d’un site dans le Michigan. General Motors n’a pas encore annoncé l’arrêt de son projet vers le Mexique également. Quant à Toyota, il était le 6 janvier dernier dans les radars du Président Trump qui menaçait le géant japonais de barrières douanières dissuasives. Simples effets d’annonces ou réelles intentions de modifier les règles du jeu, 2017 marquera sans aucun doute un retour au protectionnisme qu’il soit américain ou chinois.

Le choix des entrepreneurs restera certes souverain, mais à quel prix ? Celui des menaces ? 2017 sera très certainement une année de transition où les aspirations nationalistes se feront entendre bien plus fort qu’auparavant. Le dernier mot appartiendra aux consommateurs qui se montrent plus attentifs que jamais à la provenance de leurs achats (source Credoc).

Définition :

La délocalisation peut s’entendre sous deux formes les plus communément admises :

  • Nearshoring : délocalisation d’une activité économique dans une zone géographique proche, permettant un contrôle des délais de livraison et de la qualité de la prestation fournie (moins de surprises).
  • Offshoring : délocalisation d’une activité économique dans une zone géographique généralement éloignée où la main d’œuvre est très bon marché par rapport au pays d’origine.

Par Sébastien BOUDARD, Project Manager du cabinet VERTUO Conseil

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