Project Description

Open bank : vers la plateformisation des banques ?

Nouvelles attentes des consommateurs, nouveaux usages bancaires et assurantiels, boom technologique, émergence de nouveaux acteurs, règne de la donnée, explosion de la pression réglementaire et prudentielle : le système financier est au cœur d’un changement total de paradigme et de modèle économique. Une des réponses trouvée pour adresser cette nouvelle donne repose sur l’organisation en plates-formes des services bancaires. Pour illustrer l’ampleur du changement en cours, le LAB Vertuo a relevé le défi de dessiner les contours de la banque de demain, la banque ouverte, en rassemblant des acteurs venus partager leur vision de l’Open Bank à travers des business cases concrets.


Hervé ALEXANDRE,

Professeur à l’université Paris Dauphine
et directeur du master 224 Banque et Finance

Le maître mot derrière ce concept est le partage approfondi de données entre une banque et d’autres services bancaires. Le but recherché est une plus grande transparence financière.

Les banques font face à l’émergence de nouveaux acteurs, de nouveaux modèles économiques et de nouvelles problématiques sur la qualité et la propriété des données :

  • Les Fintech et Reg Tech vont y jouer un rôle important en offrant par exemple des services de reportings financiers et réglementaires aux banques qui ne souhaitent pas constituer des équipes reporting. Elles ont la capacité d’échanges et de coordination de données tout en restant agiles.
  • Cela met en perspective de nouvelles organisations passant notamment par le développement des plateformes d’échanges (marchés bifaces, banques en kit, …). A titre d’exemple, les applications mobiles WeChat et Alipay, en Chine, regroupent plusieurs activités dont des activités financières. WeChat propose 40 fonctionnalités dont 9 opérations financières (payement, emprunt, investissement, transport, courses, etc.).
  • Au regard de la multiplication des acteurs dans les nouveaux modèles économiques (Fintech) et des nouvelles normes (RTS, RGPD, NIS), la cyber sécurité est devenue une des priorités des agrégateurs et des banques.

Si à court terme, le paiement demeure l’activité la plus développée, Certaines formes de plateformisation peuvent générer des effets négatifs sur les banques (perte de commissions, difficultés à vendre les produits plus rentables, perte de relation client).

Si de nouvelles formes de rentabilité émergent déjà, la différence de culture et la présence d’un système bancaire développé rend l’installation de ce système en France moins imminente.


Geoffroy GOFFINET,

Adjoint au directeur de la direction des agréments,
des autorisations et de la réglementation, ACPR

La réglementation DSP2, spécifique aux comptes de paiements, est constituée de deux exigences :

  • Les agrégateurs devront obtenir l’agrément de l’ACPR pour exercer.

L’autorisation d’exercer sera fonction de nombreux paramètres tels que l’assurance responsabilité civile prise par le PSP (Prestataire de Service de Payement), le montant minimal de l’assurance, les contrôles exécutés par les autorités compétentes (contrôle de pièces, contrôle sur place, etc.) donnant lieu à des observations qui peuvent conduire jusqu’à la suspension ou le retrait d’agrément.

  • Il faudra respecter des exigences de sécurité (établies dans les Regulatory Technical Standards) sous la responsabilité de la Banque de France (normes d’authentification forte)

La communication entre PSP devra se faire selon les normes de sécurité de communication ouverte, via des API. En se servant de celles-ci les PSP gestionnaires de comptes pourront mettre à disposition des PSP tiers une page web ressemblant à celle présentée aux clients.


David DENIAU,

Responsable des normes sécurité financière,
Société Générale

Les processus dits de KYC sont devenus des contraintes réglementaires majeures qui impactent tous les acteurs du cycle économique.

Cela implique d’une part, côté client :

  • L’amélioration de l’UX (réduction de la perte de temps sur la production des justificatifs, authentification forte, etc.) ;
  • La non redondance des données avec un recensement des informations en fonction des catégories de produits ;
  • Le respect de la confidentialité des données ;
  • De mener une politique solide de conduite du changement.

D’autre part, côté banque :

  • Être aux normes par rapport à la conformité ;
  • Actualiser le mécanisme de contrôle des données (innovations possibles avec l’exploitation de « negative news ») ;
  • Maîtriser les coûts liés aux modifications des SI et des partenariats avec les autres acteurs (Fintech, AssurTech) ;
  • Gérer l’échange des données au sein d’un même groupe, qui peut s’avérer compliqué en fonction des réglementations des pays d’implantation.

Il existe 4 grands axes d’obligations réglementaires KYC :

  • La lutte anti-blanchiment : financement du terrorisme ;
  • La protection de la clientèle ;
  • La conformité fiscale ;
  • Les autres réglementations.

Afin de répondre à certaines de ces problématiques, SWIFT (leader mondial des services de messagerie financière sécurisée) propose le KYC registry. Il s’agit d’une plate-forme simple et sécurisée permettant d’échanger un ensemble de données et de documents standardisés pour le contrôle préalable de connaissance du client.


Paul DECHERF,

Co-fondateur
de la Fintech Novalend

Le modèle économique des Fintechs est de repenser un produit bancaire ou assurantiel pour lequel elles vont apporter une évolution technique et technologique. Cette limitation volontaire de périmètre d’activité a pour effet de réduire l’impact des normes réglementaires et plus simplement de développer un produit à moindres coûts et plus élémentaire à gérer.

Pour les banques, la transition digitale représente l’un des budgets les plus conséquents. Mais malgré les fonds investis, certaines difficultés se font ressentir :

  • D’un point de vue technique (barrières technologiques et effet de silo des SI)
  • D’un point de vue culturel (exploitation des données, habitude des processus en vigueur). La résistance aux changements est aussi une des principales contraintes.

Les Fintechs profitent des difficultés des grandes banques à passer à cette ère digitale pour gagner des parts de marché en proposant des outils très performants et adaptés dans des secteurs de niche.

Les GAFAM commencent aussi à externaliser leurs services à des Fintechs ou à des banques dans le cadre de leurs offres BtoB.

Dans ce cadre, Novalend vise à proposer une nouvelle plate-forme de financement des équipements professionnels. Ce service de leasing BtoB vise à accélérer le processus de décision et de montage des opérations, tout en minimisant le risque de crédit grâce à des algorithmes d’exploitation de données diversifiées et non conventionnelles. Cette activité est incubée par un ensemble d’acteurs bancaires, ce qui confirme la réaction des grands acteurs face à la digitalisation galopante.

Si le concept de plate-forme n’est pas innovant en soit, l’ampleur du phénomène de plateformisation dépasse le cadre habituel d’Open Banking habituellement limité aux paiements. Il touche tous les secteurs, tous les produits, tous les services, toutes les compétences et a pour composantes vitales une exploitation massive de données et une approche orientée client pour apporter un maximum de valeur aux usagers.

De nouvelles formes de rentabilité émergent, de telle sorte que banques et clients finaux peuvent tout deux sortir gagnants de cette nouvelle équation.

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