Project Description

Sophie Didelot, Olivier Cassiede, Kevin Messouak
BPCE – Direction des Risques, de la Conformité et du Contrôle Interne (DRCCP)

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Olivier Cassiede, responsable du département Indicateurs & Reportings Réglementaires, et Kevin Messouak, responsable des équipes MOA des outils de la chaîne prudentielle Risque de crédit, nous offrent un regard croisé sur le programme IFRS 9 de BPCE.

Q : Olivier, Kevin, à quelques jours de l’entrée en vigueur d’IFRS 9, quel est votre regard sur cette nouvelle réforme réglementaire ?

OC : La norme IFRS 9 apporte forcément une plus-value à la surveillance et à la stabilité du système bancaire comparativement à la norme IAS39. Pour ne parler que des impacts du volet dépréciation, IAS39 présentait à ce titre quelques faiblesses au regard de l’appréciation tardive des pertes sur les prêts et autres instruments financiers, IFRS 9 introduisant ainsi une vision plus prospective. Cela permet entre autres, – De faire converger en partie les périmètres des provisions et calcul des exigences en fonds propres entre les EL dits Bâlois et les « pertes attenues » au sens IFRS 9, permettant d’assurer une meilleure cohérence de ces métriques – De conduire à une réduction de la volatilité, ou du moins de la cyclicité trimestrielle, de la charge de risque. – Et enfin, de renforcer l’insertion opérationnelle des mesures de risque dans les politiques d’octroi.

KM : D’un point de vue projet, la norme IFRS 9 est apparue comme une réforme particulièrement complexe, peutêtre plus encore que la mise en place de Bâle 2. En effet la détermination de la segmentation et le calcul des provisions statistiques IFRS 9, s’appuient non seulement sur la mise en œuvre de nouveaux plans de compte au niveau des établissements, ce qui en soit est déjà considérable, mais reposent également sur le calcul de paramètres statistiques comparables à ceux utilisés en méthode IRBA, pour le calcul des actifs pondérés sous Bâle 2/3. Tout cela en s’inscrivant dans l’existant des systèmes de production du COREP/FINREP et dans une période de production restant la même…

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Q : BCBS239, stress tests, TRIM, JST, le contexte réglementaire des banques est dense et les attentes des régulateurs de plus en plus fortes, quelles sont les clefs pour mener à bien un tel programme dans un contexte si contraint ?

OC : Le facteur de succès c’est avant tout une mobilisation forte des équipes, souvent trans-filière, impliquant dans ce cadre la Direction des Risques, la Finance, l’IT, la Banque Commerciale,… qui plus est dans la durée. Ces grands programmes, qui engagent un nombre d’acteurs conséquent, puisqu’ils englobent également l’ensemble des établissements du Groupe, nécessitent une organisation et une coordination efficiente, qui vise à s’adapter également aux ressources/ moyens que nous sommes à même d’affecter. Cela nécessite donc une agilité certaine, pour traiter ces sujets lourds en termes de charge et souvent complexes, et faire face aux contraintes/évolutions métiers et projet, notamment au regard du timing imposé. Sans compter, comme vous l’indiquez, les autres grands Programmes menés en parallèle, notamment celui consistant à décliner la norme BCBS239 pour ne citer que lui, qu’il convient de mettre en musique pour gérer au mieux les interdépendances.

KM : Je rejoins pleinement Olivier sur la nécessité de pouvoir avoir une forte mobilisation des équipes et sur la capacité de pouvoir mettre en musique tous les acteurs et toutes les interdépendances. Sur la capacité à pouvoir faire face aux évolutions du métier, j’ajouterais 2 facteurs de succès : 1/ se donner les moyens d’avoir une bonne réactivité pour prendre en compte rapidement une nouvelle évolution ou une correction, 2/ être en mesure d’anticiper et éprouver les évolutions métiers avant de demander leur mise en œuvre. A ce titre, c’est par le biais d’un outil tactique développé en « fast-IT » que le métier a pu étrenner la méthodologie de calcul des provisions.

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Q : Vous avez évoqué la collaboration les directions Risques et Finance comme une des clefs de succès d’IFRS 9. Depuis plusieurs années, encouragé par les réformes réglementaires transverses un rapprochement entre ces deux filières est notable. Comment envisager une collaboration encore plus forte entre les équipes risque et finance ?

OC : Effectivement, les thèmes traités ou les demandes du régulateur impliquent par la force des choses une coordination plus rapprochée voire commune des filières Risque et Finance. Cette collaboration est, selon moi, déjà effective, au regard des grands projets que nous co-leadons depuis maintenant quelques temps, comme par exemple, lors de la mise en place des Corep Bâle III ou des nouveaux reportings Finrep en 2014. De plus, au-delà des attentes du régulateur, ce rapprochement est avant tout motivé par des besoins internes, cette tendance pouvant prendre différentes formes, par exemple dans les choix d’architectures et les évolutions SI qui nous conduisent aujourd’hui à avoir plus de puits/sources de données communes. Cela se traduit également par des orientations organisationnelles qui matérialisent ce rapprochement en recherchant les meilleures synergies possibles.

KM : Effectivement la collaboration entre les deux filières existe depuis un moment déjà mais IFRS 9 a permis de franchir une nouvelle étape car le système de dépréciations IFRS 9 est un outil réellement partagé par les deux filières dans sa conception comme dans son utilisation future.

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Q : Le programme IFRS 9 est complexe c’est une certitude mais BPCE semble bien positionné par rapport à d’autres établissements européens qui ont pu prendre du retard. Quelle a été la force de BPCE dans la gestion de ce programme ? Quels ont été les pièges à éviter ?

OC : Oui, le programme est complexe, mais c’est surtout l’environnement dans lequel se situe le programme qui le rend complexe et la gestion de l’ensemble des interdépendances. Les forces de BPCE dans ce domaine, avec le recul, pour en citer quelques-unes : la coordination des acteurs projet et métier, la mobilisation des sachants/experts au sein du Groupe, la transparence ou fluidité de la communication, la formation des différents intervenants/établissements, notamment pour un Groupe mutualiste comme le nôtre et la gouvernance du projet avec une bonne priorisation des sujets et des enjeux. Lorsqu’on regarde l’ampleur de la tâche, l’un des pièges à éviter, c’était de vouloir traiter l’ensemble du sujet d’un bloc. Il était important de considérer les sujets les uns après les autres, en s’attaquant et en finalisant en priorité les travaux où se situent les vrais enjeux.

KM : Pour cela, il a fallu prendre du recul dès le démarrage et bien comprendre où se situaient justement les enjeux. Aussi, ce projet lancé dès 2015 a très vite été suivi d’une mise en œuvre IT dès le T3 2015, grâce au développement de l’outil tactique, permettant la réalisation d’estimés et une prise en compte rapide des choix d’évolutions méthodologiques actés au cours du projet. Le choix d’une solution interne pour le système cible, nous permet de capitaliser sur l’outil tactique et de prendre en compte une bonne partie des spécificités propres à notre Groupe.

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Q : Comme évoqué précédemment, il reste juste quelques mois avant l’entrée en vigueur de cette norme, quels sont les prochains défis à relever pour être fin prêt au T1 2018 ?

OC : Les défis sont nombreux dans le peu de temps qu’il nous reste. On peut en citer 2 pouvant considérer que les aspects classification, et méthodologie de dépréciation, sont maintenant plutôt derrière nous : – le premier, à savoir la préparation et la réalisation de la FTA (Fisrt Time Application) qui va conduire à réaliser une double production sur l’arrêté du 31/12 en IAS39 et en IFRS 9 pour le bilan d’ouverture, véritable challenge pour les équipes de production, – le deuxième sur la mise en œuvre effective et opérationnelle, et la conduite du changement de notre solution, avec l’ensemble de nos établissements que ce soit en termes de processus de production, de chronogramme d’arrêté, ou de reportings, notamment en vue de l’arrêté du 31/03/2018.

KM : Côté système, si le plus gros a été fait avec le développement de la brique moteur, il reste à éprouver le système en lui-même et également les effets sur la chaîne prudentielle dans laquelle il vient s’insérer. Pour cela, en parallèle des travaux de préparation de la FTA, nous avons pour ambition de dérouler le process en avance de phase dans le cadre d’une recette dite « générale » impliquant plusieurs établissements pilotes. C’est une étape importante du programme qui nous réservera certainement quelques surprises mais qui nous permettra d’anticiper et d’éviter quelques écueils au démarrage, à condition que nous continuions à être très réactifs. Merci à vous !


Pour conclure, laissons la parole à Sophie Didelot, Responsable du Département Analyse Consolidée et Modèle et Sponsor du programme IFSR9 pour la DRCCP :

La phase projet est maintenant bien aboutie avec le développement des briques méthodologiques et applicatives et les banques entrent maintenant dans la phase complexe, elle aussi, de l’insertion opérationnelle d’IFRS 9 avec a-minima trois challenges importants. IFRS 9 –dépréciations va donner lieu à une nouvelle mesure du coût du risque attaché à chacune des opérations et, à ce titre, doit pleinement s’insérer dans de nombreux processus opérationnels, tels que l’octroi de crédit, la surveillance des risques ou plus généralement, le pilotage de la banque. C’est un challenge complexe car la norme l’est en elle-même, mais c’est aussi une opportunité d’aller encore plus loin dans la gestion de nos risques et dans l’insertion opérationnelle des concepts de risque/rentabilité, tout en restant attentif aux risques de modèles. Le 2ème challenge va arriver très vite sur le 1er semestre 2018 avec les premières publications détaillées de la FTA et la possibilité de comparer, pour cette nouvelle mesure, les niveaux de provisionnement et de segmentation entre établissements qui devraient dépendre au 1er ordre de leurs profils de risque mais qui pourraient également être influencés par des interprétations méthodologiques des principes comptables différentes. En effet, les ‘principes’ édictés dans une norme comptable sont structurellement moins prescriptifs que les normes ou guidelines que peuvent par exemple publier la BCE ou l’EBA pour la construction ou l’estimation des paramètres entrant dans le calcul des exigences en fonds propres. Le 3ème challenge est sans doute de pouvoir appréhender la variabilité potentielle des provisions IFRS 9 qui viendra directement s’imputer sur le coût du risque et le compte de résultats des établissements. Le contexte économique au moment de la mise en œuvre sera très favorable avec des coûts du risque en 2017 qui vont atteindre des niveaux bas ; l’évolution des dépréciations IFRS 9, tenant compte du concept de ‘forward looking’ et dans un contexte économique futur potentiellement moins porteur, reste à maitriser.

Propos recueillis par Aude COUDERC, Senior Manager VERTUO Conseil

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