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Pour accompagner le lancement de sa nouvelle offre de conseil en stratégie auprès des directions générales, Vertuo vous invite tout l’été à découvrir chaque jeudi un nouvel épisode de sa série dédiée à l’Open Banking et à la plateformisation des services financiers traditionnellement proposés par les banquiers & assureurs.

Cinquième épisode de notre feuilleton de l’été consacré à la banque de demain, nous nous concentrons aujourd’hui sur les opportunités offertes par les plates-formes pour reconfigurer le rôle historique de la banque vis-à-vis de la création de monnaie vers les paiements exclusivement électroniques et les crypto-actifs.


D’ici fin 2018, la Banque Centrale Européenne arrêtera l’impression des billets de 500 euros. Malgré cet arrêt, les billets existants continueront de circuler librement, et conserveront leur valeur… un pas de plus vers une cashless society, ou vers « la fin du cash ».

Alors que le cash présentait le principal avantage de ne pas souffrir de coûts de transactions, aujourd’hui, les coûts de transaction liés à l’utilisation des moyens de paiement digitaux et des monnaies digitales sont moindres. L’avantage comparatif du cash par rapport aux autres moyens de paiement a donc perdu de sa valeur, en témoigne l’abandon grandissant du cash dans la plupart des pays. Les moyens de paiement mettant en jeu un échange complètement dématérialisé semblent en effet répondre aux exigences de rapidité, commodité et sécurité des utilisateurs.

La dématérialisation croissante du paiement, et de la monnaie, dessine alors un nouveau paysage bancaire, dans lequel les acteurs traditionnels sont concurrencés par de nouveaux acteurs. Ces nouveaux acteurs, ce sont des entreprises innovantes dans le domaine des services financiers et bancaires, notamment les fintechs, les néo-banques et les GAFA. Ces entreprises remettent le client au cœur de leur offre, et créent des services adaptés aux besoins des clients.

Cependant, l’avènement d’une cashless society n’est pas sans poser certains challenges. Si la plupart des individus plébiscitent le paiement dématérialisé, cela ne signifie pas pour autant qu’ils souhaitent la disparition du cash. Les espèces représentent aujourd’hui une sécurité physique, et une certaine liberté pour le consommateur, d’autant plus que les espèces présentent l’avantage d’être accessible à tous les segments de la population. La conservation des espèces met également en jeu la confiance des individus envers l’Etat et les institutions financières.

En vertu des innovations croissantes en terme de digitalisation des transactions, qui mettent en jeu de nouveaux acteurs et de nouveaux moyens de paiement, comment le paysage bancaire mondial doit-il se transformer afin d’accompagner l’inévitable réduction – voire disparition – du cash ?

Le phénomène de « fin du cash » trouve son origine dans des évolutions passées, avec la digitalisation de la société comme genèse. En étudiant la place du cash dans différentes économies, se dessine alors un futur dans lequel les acteurs du système bancaire doivent effectuer une nécessaire transformation, afin d’être prêts à saisir les opportunités des évolutions futures et à relever les challenges qu’elles impliquent.

Pour comprendre d’où provient cette idée de disparition du cash, il faut comprendre qu’elle s’inscrit dans une forte logique de digitalisation de la société.

L’apparition d’Internet a favorisé le développement des transactions dématérialisées. La carte bancaire permet alors de payer en ligne, entraînant le développement du e-commerce. Lorsque les premiers achats se font sur Amazon et eBay en 1995, le marché du commerce en ligne est évalué à seulement 131 millions de dollars. Dix ans plus tard, en 2015, les ventes résultant du e-commerce sont évaluées à 1.550 milliards de dollars. Le commerce en ligne a également profité ces dernières années du succès du m-commerce, c’est à dire le shopping en ligne sur mobile : 34% des achats dans des e-commerces est réalisé via un téléphone.

Les manières de consommer, et les moyens de paiement ont donc été profondément bouleversés par cette révolution numérique qui permet une connexion à tout moment avec le reste du monde, et les produits et services qu’il offre. La dématérialisation semble alors devenir la norme – dématérialisation de l’information avec la crise de la presse papier, dématérialisation des communications avec l’essor du téléphone, dématérialisation des documents dans les entreprises – précipitant l’abandon du papier.

Les profondes transformations sociétales et économiques qui ont eu lieu au cours des dernières décennies ont donc permis l’émergence de moyens de paiement qui ne nécessitent plus d’espèces, provenant principalement d’initiatives privées. Les espèces représentent des coûts pour l’Etat. Ce dernier a dû se placer en tant qu’acteur de ces innovations cashless, afin de les encadrer dans un premier temps en tant que régulateur, puis de les soutenir dans un deuxième temps en tant que sponsor.

Grâce au développement des moyens de paiement dématérialisés, une société cashless peut désormais être envisagée. Cependant, de manière globale, les espèces restent un moyen de paiement largement diffusé aujourd’hui. Ainsi, une étude de la Federal Reserve Bank de San Francisco révélait que, dans 41 des 42 pays qui constituent 75% de l’économie mondiale, la part du cash en circulation a augmenté entre 2006 et 2016. La population mondiale étant en augmentation, la demande d’espèces augmente elle aussi.

Le cash occupe donc une place plus ou moins importante dans les différentes économies, mais s’y retrouve challengé par de nouveaux moyens de paiement de plus en plus dématérialisés. La fin du cash apparaît comme un phénomène que l’on pourrait réellement envisager dans le futur. Cela supposerait alors de nombreux changements, provenant des banques centrales, de la société, ou bien des entreprises ; mais plus encore, la fin du cash redessinerait sans doute le système des banques commerciales. Cependant, la réduction, voire la disparition des espèces implique des nouveaux challenges pour tous les acteurs du système de paiement.

Si on imagine un monde sans espèces, cela laisse supposer que les banques centrales émettent une monnaie digitale dans laquelle les individus pourraient placer leur confiance – une monnaie digitale qui remplacerait les espèces en tant que monnaie fiduciaire. Cette généralisation des monnaies digitales risque alors d’avoir des impacts sur nos niveaux de consommation, et nos façons de consommer. En effet, les moyens de paiement, et les expériences d’achat ne cessent d’être réinventés, produits d’innovations plus ou moins durables.

Pour que les individus soient prêts à abandonner le cash, et donc l’opacité de leurs transactions, il faudrait que les nouveaux moyens de paiement procurent des avantages tangibles aux individus, d’autant plus que les paiements dématérialisés impactent durablement les façons de consommer.

En effet, on peut supposer que la dématérialisation du paiement puisse mener à une consommation plus importante et moins contrôlée, par le biais de deux facteurs : en premier lieu, la disponibilité instantanée et quasi-permanente des biens et services par le biais d’Internet ; en deuxième lieu, la perte de la réalité de la valeur de l’argent.

Ainsi, la digitalisation de la société a permis de développer une économie numérique, qui ne cesse de croître. Une croissance continue des paiements en ligne, donc dématérialisés, paraît inévitable, et on peut même supposer que cette croissance va se faire de façon exponentielle, suivant la même courbe de progression que l’utilisation d’Internet.

Une « fin du cash » est aujourd’hui envisageable grâce à la digitalisation de la société, qui a bouleversé nos façons de produire, échanger – socialement ou économiquement – et consommer plus rapidement et plus durablement qu’aucune autre révolution auparavant.

Ces changements impliquent de nouveaux entrants dans le secteur bancaire, secteur qui souffrait peu de la concurrence auparavant. Pour la première fois, les banques commerciales traditionnelles se retrouvent challengées par des entreprises plus innovantes et plus agiles, qui ont pour ambition de perturber la banque commerciale telle que nous la connaissons.

Il paraît évident que les banques ne disparaitront pas de sitôt, et on imagine plutôt un modèle dans lequel les acteurs du système bancaire collaborent, notamment pour permettre une meilleure expérience client, et résoudre les challenges qu’impliquent la dématérialisation de la monnaie.

Cependant, la digitalisation croissante du paiement implique de nouveaux challenges, que les différents acteurs doivent prendre en compte. La société ne semble pas réellement prête à se séparer des espèces dans un futur proche, car les espèces représentent une certaine sécurité physique, précipitant son succès car les individus ont confiance en ces morceaux de papier garantis par l’Etat. Les espèces dématérialisées sont notamment associées un risque cyber qui ne cesse de croitre, favorisant les réticences des individus à se séparer des espèces. Ce risque cyber devra nécessairement être maitrisé par les banques ainsi que les nouveaux entrants, ce qui va nécessiter d’importants investissement, et probablement des collaborations entre les différents acteurs. On imagine un futur où les banques et les nouveaux entrants collaborent afin de répondre le plus efficacement possible aux besoins des clients. Sans une confiance totale envers les espèces digitales, il est impossible de supposer une disparition du cash.

S’il paraît impossible de voir les espèces disparaître dans un futur proche, on peut tout de même imaginer un futur lointain dans lequel elles auraient disparu. Les individus, dans une logique de digitalisation croissante, auraient abandonné l’attachement à la matière, et incorporé dans leurs esprits l’idée d’une monnaie digitale aussi sécurisée que la monnaie papier. Les infrastructures auraient été mises en place pour que personne ne se retrouve exclu financièrement. En réalité, dans ce futur imaginaire, l’échange social serait essentiellement digital : plus besoin d’interactions physiques pour échanger avec d’autres individus, les individus se satisferaient de la réalité virtuelle. Dans un monde toujours plus digital et virtuel, l’échange économique lié aux nouveaux comportements sociaux mettrait alors en jeu un paiement complètement dématérialisé, précipitant la fin du cash.

Valentine DARIES, Master 224 Banque et Finance de l’université Paris Dauphine et membre du LAB Vertuo
Chloé DUBRANA, Master 224 Banque et Finance de l’université Paris Dauphine et membre du LAB Vertuo
Aurélien BOURDELON, Consultant du Cabinet Vertuo Conseil
Frédéric CAZENAVE, Consultant Senior du Cabinet Vertuo Conseil

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