Décryptage – Le bitcoin : enjeux et risques d’une crypto monnaie 2019-03-04T19:18:59+00:00

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Les crypto monnaies : première approche

Les crypto monnaies sont des monnaies entièrement virtuelles qui n’ont pas de forme physique. Elles ne sont pas régulées par les banques centrales et sont donc hors du scope réglementaire du système financier. Ces monnaies sont sécurisées par un code spécifique qui permet à chaque détenteur de s’assurer que la quantité de crypto monnaie détenue lui appartient. On dénombrait 200 ICO (initial coin offering) sur l’année 2017. Les ICO sont, à l’image des IPO (Initial Public Offering), le moyen d’émettre les « crypto monnaies».

L’exemple du bitcoin : introduction et fondamentaux

Le bitcoin est la crypto monnaie qui a eu le plus de succès de par sa technologie innovante. Elle est référencée sur Bloomberg et est cotée quotidiennement. Il s’agit de la crypto monnaie la plus aboutie actuellement. Cette monnaie virtuelle est apparue peu après la crise de 2008 dans un contexte de multiples dévaluations de devises qui avaient pour but de garder des économies compétitives. Elle a été créée par un développeur au pseudonyme de Satoshi Nakamoto, toujours inconnu à ce jour, dans le but de créer un système monétaire alternatif non régi par les banques centrales qui peuvent contrôler la masse monétaire. A l’opposé des systèmes monétaires centralisés, chaque utilisateur du bitcoin participe à l’évolution de la masse monétaire. Sa technologie appelée « blockchain » permet de sécuriser les transactions. Cette technologie est open-source : l’ensemble des internautes y a accès.

La blockchain est le procédé qui permet la création de nouveaux bitcoin. Les « mineurs » sont ceux qui réalisent l’activité de « minage » du bitcoin. Rappelons que le bitcoin n’est régulé par aucune banque centrale. Les « mineurs » sont donc les « producteurs » de bitcoin. Leur rôle est de s’assurer du bon fonctionnement des transactions de bitcoin. Ils mettent donc à disposition de l’ensemble des détenteurs de cette monnaie des moyens matériels afin de pouvoir vérifier les transactions et les assembler sous forme de « blocs » dans le but de créer des «blocs» de taille plus importantes, cohérents avec l’algorithme de la technologie. Une fois les blocs intégrés dans la « chaine », les « mineurs » sont rémunérés en nouveaux bitcoins. La masse monétaire est donc gérée par les créateurs eux même. À noter que la masse monétaire du bitcoin est limitée dans son algorithme à 21 millions de bitcoins.

Schéma du minage de cryptomonnaie (https://cryptoblog.fr/2017/05/19/solo-mining-pool-mining/)

Le bitcoin : actif financier

Dans un contexte de taux bas et de faible volatilité des actions, le rendement potentiel d’un investissement en BTC a entrainé en 2017 la création de fonds d’investissements dédiés au crypto monnaies. Le marché de contrats à termes le plus important (CME) commence alors à proposer au cours du deuxième semestre 2017 des contrats à terme sur le bitcoin. Le NASDAQ prévoit d’en proposer courant 2018. Logique au regard de l’importante volatilité du bitcoin. Cependant, le bitcoin est plutôt considéré comme une matière première qu’une véritable monnaie.
Preuve de la volonté des investisseurs de l’utiliser comme actif financier, Goldman Sachs prévoit même de lancer un desk de trading sur les crypto monnaies. Ainsi l’ensemble des caractéristiques de l’écosystème financier se met petit à petit en place pour pouvoir traiter le bitcoin comme un actif financier. La prochaine étape consiste à gérer les risques liés à celui-ci et en particulier les phénomènes spéculatifs autour de cet actif encore non régulé à ce jour.

L’éclosion d’une bulle spéculative

La première cotation BTC/USD a eu lieu en 2009. A ce moment-là, 1 BTC valait 0.001 USD. Il finit par atteindre la parité avec le dollar en 2011 et commence à attirer l’attention des médias. En 2013, les plateformes qui proposent du bitcoin voient le cours de la crypto monnaie s’envoler et dépasser parfois les 1000 dollars. Les banques centrales incitent alors à la plus grande prudence vis à vis des crypto monnaies. En 2014, les Etats-Unis confèrent un statut fiscal au bitcoin. Des fermetures de sites internet tels que « Silk Road » conduisent à la saisie de dizaines de milliers de bitcoins et leur mise en vente aux enchères. De nombreuses entreprises adoptent le bitcoin comme moyen de paiement. Début 2015, le bitcoin chute à 275 USD puis augmente à nouveau petit à petit pour atteindre 1000 USD en janvier 2017. Depuis, le cours n’a cessé d’augmenter et suit le schéma d’une gigantesque bulle spéculative. Après un pic autour de 20 000 USD le 17 décembre 2017, le cours a violemment chuté depuis et est aujourd’hui stabilisé autour de 7500 USD. Il n’est depuis pas rare de voir le cours dévisser de plusieurs centaines de dollars en une journée.

Pyramide de Ponzi

Selon Yves Choueifaty, président fondateur du fond français TOBAM, le bitcoin a cet avantage d’être suffisamment liquide pour que les investisseurs commencent à investir.
Le ministre indien des finances souligne que le bitcoin et les autres crypto monnaies « n’ont pas de valeur intrinsèque et ne sont soutenus par aucun type d’actifs ». Selon lui, les achats de bitcoin en dollars des nouveaux entrants permettent de convertir les bitcoins des sortants en dollars. La liquidité est donc assurée et permet de maintenir la confiance des investisseurs, rassurés tant que la conversion BTC/USD est maintenue, tout en nourrissant la fièvre spéculative. En effet, la valeur du bitcoin n’est soutenue par aucune garantie physique, comme l’or par exemple, car il s’agit d’une monnaie 100% virtuelle. Si les investisseurs perdent confiance, la valeur peut chuter à 0 très rapidement. Cette monnaie n’est garantie par aucune autorité. De plus la création monétaire du bitcoin est, de par son algorithme, décroissante jusqu’en 2040, date à laquelle, l’ensemble des 21 millions de bitcoins seront émis. Une fois tous les bitcoins émis, la masse monétaire commencera à diminuer et disparaitra petit à petit, ce qui est impossible avec des monnaies « classiques » régulées par les banques centrales.

Le Bitcoin comme monnaie réelle ? L’impact de l’offre et de la demande sur son cours

Pour certains, le bitcoin n’est pas une bulle et correspond initialement à un vrai besoin : celui de limiter les coûts de transactions ainsi que de faciliter le transfert même dans des pays ne disposant d’aucun système bancaire). Le succès est tel que des distributeurs de bitcoins sont même déjà disponibles aux Pays-Bas. Le distributeur récupère les espèces de particuliers et les convertit directement en bitcoins sur un portefeuille virtuel. La vente de bitcoins est également possible : un utilisateur qui le souhaite peut échanger ses bitcoins contre des euros physiques.
Ce qui n’était destiné qu’à un nombre limité d’utilisateurs devient disponible pour l’ensemble des internautes et particuliers. En conséquence de quoi, le prix de la crypto monnaie s’envole et est hypersensible à l’évolution de la demande : un marché non réglementé à l’état pur !

Distributeur de bitcoins à San Francisco, Californie, 14 Janvier 2018. (Photo by Smith Collection/Gado/Getty Images)

Réglementation

La régulation a également un impact sur la valeur du bitcoin qui attire les investisseurs de par sa grande volatilité. Fin décembre 2017, la Corée du Sud qui était un des plus gros utilisateurs de bitcoins annonce l’interdiction d’échange anonyme et l’utilisation de crypto monnaies par des institutionnels afin de lutter contre le blanchiment d’argent et la corruption. En conséquence, le cours du bitcoin chute de 11%.
En France Tracfin s’intéresse également au bitcoin et le qualifie de « triple bulle : spéculative, opaque et criminelle» selon son directeur. En effet on note plusieurs transferts en bitcoin, depuis 2015, ayant alimenté l’Etat Islamique. Les derniers en date avaient pour but d’acheter des armes à destination de la Syrie ou de l’Irak. Cependant ils restent minoritaires.
La plateforme japonaise Coincheck s’est faite hacker l’équivalent d’un demi-milliard d’euros d’une crypto devise appelée NEM (10ème plus importante crypto devise en terme de capitalisation). De quoi relancer le débat sur la sécurité des investissements en crypto monnaie. En effet, rien ne légifère les plateformes qui permettent de convertir la monnaie réelle en monnaie virtuelle. La monnaie virtuelle n’étant pas régulée par une autorité centrale indépendante, l’investissement en crypto monnaie est loin d’être garanti en cas de cyberattaque.
En France, le bitcoin ne possède pas de statut juridique clair et n’est pas considéré comme un actif financier classique pour le moment. Cependant les plus-values sur le bitcoin doivent être déclarées à l’état et sont imposables. L’AMF réfléchit également à un cadre réglementaire afin d’encadrer les transactions en bitcoins et crypto monnaies. Le ministre de l’économie, Bruno Lemaire, a même récemment évoqué le fait d’en faire un sujet du prochain G20 afin de discuter d’une réglementation, de concert avec les autres pays.

Position de l’AMF

Dans un communiqué de presse du 4 décembre 2017, l’AMF souligne que « le Bitcoin et les autres « crypto » actifs n’entrent généralement pas dans le périmètre de supervision directe de l’AMF ». Avec la multiplication de l’offre de dérivés sur le bitcoin et autres crypto monnaies, l’AMF estime que « l’offre de dérivés sur crypto-monnaies nécessite un agrément et est interdite à la publicité par voie électronique ». Toutefois aucune règlementation n’a encore été publiée en ce sens. Un second communiqué de presse, en date du 22 février 2018, souligne l’importance de réguler le marché des dérivés sur crypto monnaies sans qu’il soit «nécessaire de qualifier juridiquement les crypto-monnaies». La position de l’AMF est donc clairement dans une optique d’encadrement des transactions financières spéculatives autour du bitcoin plutôt que de réguler le bitcoin lui-même ce qui semble assez difficile au regard de la technologie utilisée.
Reste de nombreux enjeux si le bitcoin peut être considéré comme un actif financier. Au regard de la réglementation actuelle, il faudra trouver des alternatives aux processus KYC et toute la question de la transparence des clients et des flux de capitaux qui ont alimenté les débats cette dernière décennie tout comme les questions de reporting aux régulateurs. Ces enjeux sont applicables à l’ensemble des crypto monnaies.

Par François COLOMBO, Consultant du cabinet Vertuo Conseil, membre du groupe SQUARE

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